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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:32

Fernand Verhesen estimait que si la liberté trouvait à se manifester dans un poème, il importait de ne pas la confondre avec l’expression débridée. Il attendait de la poésie qu’elle eût de la teneur et de la tenue, qu’elle témoignât aussi d’une certaine tension de la part du poète dans son rapport au monde. Le commerce avec Fernand Verhesen, dès lors qu’on lui proposait un texte, prenait assez rapidement de la hauteur où, tout comme à l’université, il y a des matières supposées connues. Quitte, pour un jeune auteur pétri d’illusions, à revoir ses classiques, des poètes de la Pléiade à Max Jacob.


Fernand Verhesen devinait également, chez celles et ceux qui travaillaient avec lui, l’existence ou non d’ « une colonne vertébrale » ; il l’évaluait selon la capacité de chacun à se tenir debout, à s’en tenir à une ligne. Il n’avait que faire des petits arrangements qui font le lit des grandes lâchetés, une mission ne pouvant souffrir la compromission.


En bien des occurrences, son attitude (mais il s’agit de bien autre chose) était à l’image d’une droiture d’autant plus exemplaire qu’il pensait que ce n’était là que chose normale. Ainsi a-t-il expliqué sa décision de mettre un terme à la publication du Courrier du Centre International d’Etudes poétiques par le souhait que nul ne pourrait se voir accusé d’avoir agi en prédateur du Courrier en se l’appropriant. Une aventure s’est donc achevée à laquelle il avait lié sa vie ; sur le moment, nous avions eu la vague impression que c’était une façon de faire ce que les Japonais appellent seppuku, car enfin, ce n’est pas sans éprouver de la mort dans l’âme que l’on se résout à l’irrévocable. Mais d’avoir lui-même mis fin au Courrier (et s’échange-t-on encore quelque courrier aujourd’hui ?) accroît le rayonnement de son entreprise puisqu’elle n’a pas été récupérée, ni galvaudée. Je doute cependant que ce genre de calcul lui ait effleuré l’esprit. Cela allait plutôt dans le sens du dépouillement qu’il a toujours recherché et auquel il s’est trouvé directement confronté dans le quotidien le plus immédiat des dernières années.


Comme éditeur, Fernand Verhesen savait que le public lecteur de poésie était des plus restreints, la reconnaissance du plus grand nombre étant inversement proportionnelle à la connaissance approfondie de quelques-uns. Il privilégiait la qualité et s’en tenait à des tirages limités qui présentent l’avantage de ne pas mobiliser énormément d’espace. Il avait, à l’initiative de Tom Gutt, réédité Magie familière de Roger Goossens. Gutt lui adressait de temps à autre un texte de son cru, sans jamais rien demander en retour.

 Né le 3 mai 1913, Fernand Verhesen est décédé le 20 avril 2009. 

Philippe DEWOLF

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Published by ça ira! - dans littérature
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