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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 05:36

On doit toujours s'excuser de parler peinture.

Paul Valéry

 

Le décès de Dan van Severen a été annoncé le dimanche 15 février. Né le 8 février 1927 à Lokeren, Van Severen a étudié la peinture à l'école Sint-Lucas de Gand pendant la seconde guerre mondiale, avant de poursuivre ses études à l'Institut des Beaux-Arts d'Anvers. Dans les années 1950, il réalisa un grand nombre d'œuvres, où dominent les teintes de gris sur des fonds bleus ou bruns. Son vocabulaire pictural était basé sur les formes géométriques simples: carrés, rectangles, ronds, ovales. Co-fondateur du groupe Hessenhuis-G58, Dan Van Severen a ensuite vécu à Bruges et à Gand, où il a enseigné la peinture à Saint-Luc (Benoît van Innis sera l'un de ses disciples). Ses fils ont eux aussi choisi une carrière artistique. Maarten (1956-2005) était concepteur de meubles et architecte d'intérieur, tandis que Fabian est designer.

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Olivier Duquenne souligne:

À l’instar de Malevitch, l’art abstrait de Dan Van Severen se transforme en degré zéro des formes, il dépasse l’horizon pour aller vers l’évidence d’un monde d’inspiration suprématiste, libéré des diktats des objets. Tous les pionniers de l’art abstrait, Kandinsky, Mondrian ou Malevitch, étaient à leur façon des mystiques. Ils accordaient à l’art une valeur éthique qui confinait à la transcendance. Ainsi, pour Dan Van Severen, c’est la pureté géométrique des formes qui nous guide vers la contemplation du Beau idéal. Le peintre nous montre l’invisible comme le poète narre l’indicible.

Peintre érudit, Van Severen se plaisait à citer Paul Klee: “L'art ne représente pas le visible, il rend visible”.

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Dans les années soixante, j'ai assisté en compagnie du poète Hugues C. Pernath (1931-1975) à de nombreux vernissages de Dan Van Severen, Mark Verstockt et Guy Vandenbranden qui, formant une équipe informelle mais cohérente, se manifestaient régulièrement en Belgique et aux Pays-Bas. C'était l'époque effervescente et sémillante des pollinisations croisées, des galeristes éclairés pour lesquels un succès d'estime comptait autant sinon plus qu'un succès commercial, l'époque des échanges d'idées stimulants et enthousiastes, des vernissages festifs, exubérants et roboratifs.

Établissant sa réputation d'artiste majeur, Van Severen participe à la Biennale de Saô Paulo (1967), à Dokumenta (1968) et la Biennale de Venise (1970). Jan Hoet et Yves Gevaert furent les curateurs de la première rétrospective itinérante de l'œuvre de Van Severen (1982, Gand, Eindhoven, Amsterdam).

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Les dessins de Dan Van Severen se distinguent par un dépouillement sévère. Renonçant à toute couleur et à tout artifice, l’artiste s’attachera et s’attaquera avec une extrême rigueur à la seule pureté d'un trait furtif de crayon ou de fusain sur le papier vierge.

Le trait peut sembler précis, il procède d’une hésitation comme égarée dans le grain du papier. Le geste peut sembler définitif, il naît d’une (in)certitude à la fois dévastatrice et obsédante. Posée, supposée et proposée, la ligne est tracée à l’infinitif : toutes formes conjuguées et regroupées.

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Dan Van Severen réalisa de nombreux livres d'artistes, entre autres avec Lucienne Stassaert, Leonard Nolens et Roland Jooris. Signalons enfin les publications initiées par Jean Marchetti: Signes et mots (2002), La croisée des chemins (2002) et Lignes (2007).

Henri-Floris JESPERS

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Published by ça ira! - dans arts plastiques
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