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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 04:27

Dans la foulée des notes de lecture à propos du livre de Mélanie Alfano (cf. Bulletin 36, pp. 41-44), c'est au tour de René Fayt d'évoquer La Lanterne sourde, ce mouvement artistique et littéraire en prise directe avec son temps (1921-1931).

Durant les années folles, surtout dans les milieux d'avant-garde, des liens étroits se tissèrent entre les lettres française et néerlandaises de Belgique. Il n'est donc pas étonnant de rencontrer ici Paul van Ostaijen, l'un des directeurs des Compagnons de la Lanterne Sourde.

Marcel Lecomte se souviendra jusqu'à la fin de sa vie de l’effet de surprise produit par Van Ostaijen chantant ses poèmes lors de sa conférence à La Lanterne Sourde sur « Le renouveau littéraire en Belgique ». Henri-Floris Jespers évoque également la critique désinvolte d'Odilon-Jean Périer consacrée à l'anthologie Poètes belges d'Esprit Nouveau (1924), composée par Paul Vanderborght, ainsi que la conférence sur Max Elskamp que Paul Neuhuys prononça à la tribune de la Lanterne sourde en 1929. Enfin, Jespers signale des publications récentes qui éclairent les réseaux littéraires de ces passeurs infatigables et éclairés que furent Pascal Pia et Franz Hellens, tous deux liés d'amitié à Paul Neuhuys.

Dans son livre L'Art, un sens à la vie (cf. Bulletin 36, pp. 39-41), Yves Bossut relate une visite effectuée au domicile des Scutenaire. Soulignant combien le souvenir peut être tronqué par le temps, Philippe Dewolf apporte une correction significative à ce témoignage évocateur des rites secrets de l'auteur d' « Une force sans justice ».

Nele Bernheim, historienne de la mode, souligne l'importance de la Maison Norine, l'incontestable précurseur de la mode d’avant-garde belge, qui à partir des années 1980 acquit une notoriété mondiale. « Aucun récit sur la relation entre l’art et la mode ne peut être considéré comme complet sans Norine. »

Durant les roaring twenties, la Maison Norine fut en effet un haut-lieu de convergence artistique. Simone Périer souligna en 1969 que la couturière Norine, compagne du flamboyant Paul-Gustave Van Hecke,

Elle la première, et seule, s'est rebellé contre cette intégrale servitude […] aux couturiers parisiens. […] Chaque collection de Norine est une création personnelle, une œuvre originale... et tout comme l'on reconnaît une robe de Patou, de Chanel ou de Lanvin on se mit aussi à reconnaître une robe de Norine.

Nele Bernheim est historienne de la mode. Ayant obtenu un Masters à la Fashion Institute of Technology de New York, elle prépare une thèse intitulée Couture Norine, Brussels : The Embodiment of the Avant-Garde, 1916-1952. Ses recherches bénéficieraient grandement de tout apport d’archives et de créations de la maison Norine. Toute personne disposant de quelque matériel pertinent est priée de la contacter à info@nelebernheim.org.

*

Nele Bernheim rend également justice à Van Hecke, inspirateur en premier, père spirituel et inventeur du style de Norine. Personnage plus grand que nature, incarnant toutes qualité et tous les défauts des gay twenties, affairiste et généreux, Van Hecke fut également un grand passeur devant l'éternel. Directeur des revues Het roode Zeil, Sélection et Variétés, homme de théâtre et poète animateur de l' Atelier d’Art contemporain Sélection, cet inlassable propagandiste des peintres expressionnistes flamands sera épaulé dans ses entreprises, dans les années vingt, par son ami André de Ridder.

Paul Neuhuys se souviendra des années folles comme des plus belles de sa vie. Dans ses mémoires, il souligne que ce fut Georges Marlier qui l'introduisit à Sélection.

Plutôt qu’un mouvement, la revue Sélection me paraissait destinée à défendre les intérêts de collectionneurs.

Le plus beau souvenir de mon passage à Sélection fut aussi un pèlerinage, mais non littéraire cette fois, un pèlerinage vers une colonie d’artistes, ceux qu’on appelle le groupe de Laethem : Permeke, De Smet et Van den Berghe. Je me revois à la kermesse du village d’Afsnee, pleine de villageois endimanchés, De Smet dans sa vareuse de laine blanche à col roulé, sa tenue de canotier sur la Lys. Il y avait là le comité de rédaction de Sélection, dont je faisais partie, au complet : Van Hecke, De Ridder, Mesens, Marlier…

De dandy à dandy, Neuhuys adresse le 18 août 1926 un exemplaire de son roman Les dix Dollars de mademoiselle Rubens à Paul-Gustave van Hecke, orné d’un quatrain :

Comme on donne aux pauvres enfants neurasthéniques

un ours articulé, un lapin mécanique

si je vous adresse un de ces livres, ce n’est que

pour mon plaisir et non pour le vôtre, Van Hecke !

  Pégé interpréta cet envoi au pied de la lettre et ne prit pas la peine de découper son exemplaire...

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Published by ça ira! - dans littérature
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