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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 23:35

Parmi les articles consacrés au second recueil  de Marie-Jo Gobron, De visage à visage (1961), celui de Marie-Claire d’Orbaix (1920-1990) – une pleine page avec photo dans Le Journal des Poètes – est sans conteste le plus important en termes de reconnaissance par l’institution littéraire. 

Qu’elle est éprise de liberté, Marie-Jo Gobron l’affirme jusque dans son écriture. D’aucuns le lui reprocheront peut-être, heurtés par certaines rudesses de ton, telle impertinence, mais n’est-elle pas sympathique, cette audace d’être soi-même, avec les dangers que cela représente ?

Ivre de joie, de vie, de crainte, le poète le crie : voici une voix qui n’admet pas de sourdine, voici des textes sans fadeur, sans artifices, mais non sans art. Marie-Jo Gobron sait créer une musique suggestive ; et soit à cause de son ascendance flamande, soit parce qu’elle est la compagne d’un peintre, elle possède le don de la couleur, du mouvement, de l’image. [...]

Parfois, elle endigue son élan, elle s’accomode des règles de la métrique et nous offre des strophes graves [...] Mais Marie-Jo Gobron nous paraît plus à l’aise dans une forme moins contrôlée, plus spontanée.[...]

Parlerons-nous d’influences, de réminiscences ? Pourquoi ? Nous en sommes tous pétris. Ce qui compte c’est qu’au-delà d’elles, une voix s’impose bien reconnaissable parce que d’un poète authentique.1

De Visage à Visage est signalé par Robert-Lucien Geeraert (1925-1984) dans La Revue nationale (février 1962) :

Poésie de Flamande [...] qui s‘ouvre à tout ce qui est fort et dru, pur et primitif. Poésie qui continue celle de Verhaeren, en l’assouplissant, en l’élaguant, qui offre, avec celles d’Andrée Sodenkamp et de Liliane Wouters, le plus fidèle reflet de notre Belgique poétique – puisque notre pays, pour l’étranger, c’est la Flandre. De la comptine à l’incantation, c’est un roulement de poésie spontanée, musicale et colorée, sur lequel dansent les saisons et les pensers.

Andrée Sodenkamp (1906-2004), malade, lui adresse une lettre poignante :

Je suis heureuse de vous voir enfin prendre place où vous aviez droit.

Vous êtes un magnifique poète. Il y a chez vous de la force magnifique, une puissance flamande – une robustesse à souffrir, [...] un regard intelligent pour la mesure.2

Est-il téméraire de supposer que Marie-Jo Gobron fut surtout sensible au courrier que lui valut son second recueil ?

Épistolier laconique, Paul Neuhuys note :

Votre poésie me rappelle le gai pays flamand qu’un ciel livide menace d’orage : Enfant promis, Décalcomanie, j’aime cette poésie surtout lorsqu’elle ‘cerne d’un jeu serré les faux de l’été’ comme une sœur qu’entre mes bras je viens de retrouver...3

 ‘Ah ! la belle et tonique poésie’, s’élance Norge :

On caresse des crinières de cavales fouettées de grandes bises et emportées dans des galops qui parfois touchent les cimes.

Mais un courant de vie intérieure mue parfois ce lyrisme en fervente statue.4

Hélène Cadou (°1922) , poète et bibliothécaire à Orléans où elle travailla avec Georges Bataille, souligne :

Les poètes sont une famille et leurs poèmes comme des visages se répondent. J’ai lu, j’ai vu les vôtres avec beaucoup de bonheur. Ils ont l’équilibre des plaines, l’ouverture des fenêtres sur un grand ciel.5

Franz Hellens (1881-1972) a lu le nouveau recueil de Gobron avec plaisir :

Il contient maints morceaux de belle inspiration et de forme pleine ; les poèmes de métrique classique m’ont paru les meilleurs. Vous servant de cette forme de base, vous avez su renouveler la nature par des images inattendues et une sensibilité poétique d’une rare vigueur.6

En remerciement de son ‘beau livre’ où il trouve ‘à chaque page, à chaque poème, une vraie sensibilité poétique’, Pierre Albert-Birot (1876-1967), figure emblématique de l’avant-garde historique, adresse à Gobron un exemplaire de Poèmes à l’autre moi (1954), orné d’un bel envoi daté du 23 novembre 1961.

Le poète Henri Cornélus (1913-1983) ne cache pas son admiration :

C’est beau, c’est dense, c’est vertébré, c’est très viril et très féminin à la fois, ça grouille de trouvailles verbales, ça allie – est-ce que je me trompe ? – la douceur de la Meuse à la force de l’Escaut. Êtes-vous wallonne, êtes-vous flamande, avez-vous mélangé les deux courants ? Je n’en sais rien ; quoi qu’il en soit, le ‘résultat’, votre recueil, est extrêmement heureux. Dans l’assez morne production des tâcherons belges du vers, vous faites jaillir du feu et des fontaines, et je vous en suis infiniment reconnaissant. Puis, tout comme je l’ai, vous avez, très profond dans votre cœur, cette admiration pour Federico García Lorca qui vous a inspiré quelques beaux vers. [...]

Peut-être savez-vous que je passe pour avoir la dent dure et la plume acérée, pour n’avoir pas, aussi, l’admiration facile. Sans doute est-ce parce que je ne bêle pas de joie si un alexandrin se trouve avoir heureusement douze pieds ! Quoi qu’on en pense, il ne suffit pas de savoir compter pour être poète ! Et vous, vous êtes de ceux, vous êtes des rares ‘celles’ qui le sont jusqu’aux fibres : j’en mettrais ma main au feu !7

Tout comme Georges Mounin, Cornélus ne se contente pas d’exprimer ses louanges, mais consacre également une partie de sa longue missive à des considérations critiques et techniques bien concrètes. Rappelons ici, antidote à l’amnésie collective, que Cornélus est l’auteur de Kufa (Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1954 ; trad. néerlandaise, Anvers, Ontwikkeling, 1955), l’un des rares romans ‘coloniaux’ (avec ceux d’Égide Straven) qui méritent d’être tirés de l’oubli. Dénonçant les violences du système colonial, ce roman brisa la carrière d’enseignant de Cornélus.

Fidèle à son œuvre romanesque, Louis Dubrau (pseud. de Louise Scheidt, 1904-1997) apprécie tout particulièrement chez Gobron une

émotion toute intérieure qui ne doit rien à ce sentimentalisme à fleur de chair qu’on s’accorde à vouloir féminin.8

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

1 Marie-Claire D’ORBAIX, Marie-Jo Gobron, « attentive au monde qui va naître », in Le Journal des Poètes, janvier 1961.

2 Lettre d’Andrée Sodenkamp à MJG, non datée. Coll. privée.

3 Lettre de Paul Neuhuys à MJG, le 22 juillet 1961. Coll. privée.

4 Lettre de Norge à MJG, le 18 octobre 1961. Coll. privée.

5 Lettre d’ Hélène Cadou à MJG, Orléans, le 12 novembre 1961. Coll. privée.

6 Lettre de Franz Hellens à MJG, La Celle St Cloud, le 15 novembre 1961. Coll. privée.

7 Lettre d’Henri Cornélus à MJG, Bruxelles, le 26 novembre 1961. Coll. privée.

8 Lettre de Louis Dubrau à MJG, Bruxelles, le 11 décembre 1961. Coll. privée.

 

La Pomme, collage de Marie-Jo Gobron

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Published by ça ira! - dans littérature
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