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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 22:43


La Lanterne sourde est une revue d’étudiants de l'ULB, fondée en 1921 par Paul Vanderborght (1899-1971), qui connaîtra quatre numéros. Le groupe est surtout connu par la centaine de manifestations culturelles (concerts, expositions, conférences) auxquelles participèrent notamment James Ensor, Blaise Cendrars, Le Corbusier, Stéphane Zweig.

L'ouvrage est le fruit d'un mémoire de fin d'études présenté en 2001 à la section de philologie romane de l'Université de Liège, sous la direction du professeur Jean-Marie Klinkenberg. Dans son introduction, l'auteure précise les objectifs de son étude: relater la genèse de la revue, étudier l'esprit général de ses animateurs, se demander si l'on peut qualifier La Lanterne sourde de groupement moderniste ou avant-gardiste, quelles tendances littéraires et formes d'art ont prévalu, dans quelle optique doivent s'envisager ses rapports avec les littérateurs flamands. À la suite de ces objectifs, les cinq chapitres confortent une première impression.

La jeune licenciée se contente en effet de nous citer brièvement les éléments qui ont permis l'éclosion du groupe : le talent d'animateur de Paul Vanderborght, président de l'AG des étudiants de l'ULB, les réunions estudiantines dans les cabarets bruxellois, les revues estudiantines à l'ULB et le bouillonnement culturel des années vingt. Une description de la Belgique culturelle des Golden Twenties, ainsi que des notices biographiques de Paul Vanderborght et Pierre Bourgeois clôturent le premier chapitre.

Le chapitre II est l'occasion de s'arrêter, au point de vue strictement formel ou événementiel, sur le choix du nom du groupe, sur les interventions de la séance inaugurale de la revue, les articles et les dessins composants les quatre numéros de la revue.

Ce que le troisième chapitre présente comme l’aventure internationale du groupe n'est en fait que l'action d'un seul homme (Paul Vanderborght) qui, suite à sa présence professionnelle en Égypte dans une mission enseignante belge, organise différents événements artistiques et littéraires (conférences, banquets). Sans mise en contexte, le lecteur ne peut qu’être admiratif devant tant de dynamisme déployé dans des associations de dialogue culturel aux titres pompeux: Amitiés belgo-égyptiennes, La Lanterne sourde d'Egypte, FABER (Rapprochement belgo-russe), comité Rupert Brooke, Amitiés hispano-belgo-américains. La période égyptienne est résumée par la mention des différentes conférences et de ses intervenants.

Les deux derniers chapitres sont consacrés l'un à la vision littéraire du groupe et l'autre à sa vision artistique. L’auteure tente de nous convaincre qu’il s’agit d’un groupe moderniste « partisan de la joie de vivre, de la fraternité, de la liberté, de la tolérance », ouvert aux Lettres flamandes. Au point de vue artistique, c’est principalement le groupe de 7 Arts  (Flouquet, Servranckx, Gaillard, Baugniet) qui bénéficia du soutien de La Lanterne sourde. Ce soutien s’explique, selon l’auteure, par l’engagement de Pierre-Louis Flouquet dans les comités internationaux de La Lanterne sourde. Au vu des arguments et des faits exposés, il semble qu’il s’agisse plutôt d’un groupe voulant représenter « l’esprit de l’époque », épris de philanthropie culturelle sans point de vue particulier, qui soutenait tel ou tel artiste par connivence plutôt  que par une affinité particulière pour une certaine forme d’art ou de littérature.

Il est difficile d'écrire une étude lorsque l’auteure décide de prime abord de saucissonner les activités d’un groupe d’animateurs culturels et de thématiser son action sous les cases « art » et « littérature ».  La Lanterne sourde n’apparaît pas subitement sous l’inspiration des Golden Twenties et de la mode des revues. Il s’agit plutôt d’un groupe hétérogène fruit de plusieurs rencontres aux motivations convergentes ou contradictoires. Il est clair que le rôle de Paul Vanderborght est déterminant dans cette aventure et qu’il faudrait commencer par là. Ensuite, décortiquer les liens qui se tissent avec les artistes mais également avec les autorités officielles pour aboutir à telle ou telle activité. Ce n’est pas en énumérant des événements, qu’on arrive à synthétiser ou à comprendre La Lanterne sourde.

Pour conclure, la fin de l'ouvrage est tout à fait inutile. La conclusion n'est pas une conclusion. On se serait passé des extraits d'appréciations d'écrivains ou experts connus – d'ailleurs sans référence des sources - ainsi que des extraits d'article qui n'apportent rien à l'étude de la question. La bibliographie exclusivement francophone est  peu structurée. Un index onomastique aurait été utile tout comme une bibliographie complète de Paul Vanderborght et la liste des activités de La Lanterne sourde publiée par La Nervie. Cela aurait clairement pu remplacer ces 15 pages d’annexes indigestes.

À propos de Paul Neuhuys...

À la page 74, il est mentionné que Marie Gevers, Edmond Van Offel et Paul Neuhuys (noté Neuhys!) étaient membres de la section anversoise du comité Rupert Brook. À la page 104,  la revue Ça ira devient Caira. Enfin, à la page 168, est signalée une citation sibylline de Paul Neuhuys sans référence des sources: « ... j'ai été ravi de la relire » ( à propos de Plaine). Comprenne qui pourra.

Robin DE SALLE

 

Mélanie ALFANO, La Lanterne sourde 1921-1931. Une aventure culturelle internationale, Bruxelles, éditions Racine, 2008, 183 pp, 19,95 €.  Préface de Marc Danval.

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Published by ça ira! - dans littérature
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