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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 03:30

Le 22 septembre, le 2e prix triennal Michel de Ghelderode a été décerné à Roland Beyen (°1935), professeur honoraire à l'Université de Louvain (K.U. Leuven) et membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises. Officiellement pour son édition du tome VIII de la Correspondance de l'auteur dramatique (cf. le blog du 6 octobre), en réalité pour l’ensemble de ses travaux (évoqués à plusieurs reprises dans notre Bulletin) et plus particulièrement pour son projet de publier les tomes IX et X, ce dernier illustré. Plutôt que de se lancer dans un grand discours sur Ghelderode, le lauréat s’est attaché à raconter quelques anecdotes relatives à ses recherches et à ses aventures et mésaventures ghelderodiennes. Il a bien voulu nous communiquer son texte, dont nous publions ici de très larges extraits (cf. les blogues du 5 et 8 novembre).

Au bout de quelques mois de travail assidu, je présentai à mon promoteur le plan de ma thèse, composé de trois parties : une biographie critique, une étude chronologique de l’œuvre et une bibliographie. En octobre 1964, je devins aspirant au Fonds National de la Recherche Scientifique, mais un an plus tard, je fus chargé du cours d’Explication d’auteurs français de la première candidature de philologie romane que la KUL venait d’ouvrir à Courtrai. L’année suivante, je reçus également la deuxième candidature. Le peu de loisirs qui me restait, je le consacrai essentiellement à ma thèse, de plus en plus enthousiaste, d’autant plus que Ghelderode était souvent joué à cette époque, au théâtre, à la radio, à la télévision. Je fréquentais des écrivains, des peintres, des compositeurs, des metteurs en scène, des acteurs. Je rendais compte de leurs livres, de leurs expositions, de leurs spectacles dans l’hebdomadaire De Spectator, en néerlandais.

Malheureusement, la scission de l’Université de Louvain en février 1968 m’obligea brusquement d’arrêter mes recherches et mes rencontres. Le 1er mars, Monsieur Hanse me fit savoir que le 31 mai était la date limite pour la soutenance de ma thèse. Je me hâtai de mettre au point la partie biographique (456 pages dactylographiées) et la bibliographie (265 pages) et je laissai tomber la partie la plus importante : l’étude de l’œuvre, dans laquelle je bouleversais considérablement la chronologie indiquée par le dramaturge.

Quelques mois après ma soutenance, j’appris par hasard que l’Académie royale de langue et de littérature françaises demandait une « Étude biographique et historique sur Michel de Ghelderode », sujet de concours que Monsieur Hanse avait déposé, sans même m’en parler. Je retravaillai la partie biographique de ma thèse et en juin 1970 j’eus le joie d’apprendre que l’Académie venait de la couronner et avait décidé et de la publier et de m’attribuer le prix de 30.000 francs, alors qu’elle avait l’habitude de publier ou de payer. J’offris les 30.000 francs à mon épouse, qui avait courageusement et méticuleusement dactylographié et redactylographié mon manuscrit. Elle s’en acheta son premier lave-vaisselle. Ma nomination comme chargé de cours en 1968 et comme professeur en 1970 m’empêcha de mettre au point mon étude chronologique de l’œuvre, mais j’en publiai l’essentiel à Paris, aux éditions Pierre Seghers, en 1974. Quant à la Bibliographie, annoncée comme « à paraître en 1971 », elle ne parut qu’en 1987.

Ce retard s’explique par l’angiome du cerveau qui me terrassa le 26 décembre 1973 et que le professeur Yasargil, « le pape des neurochirurgiens » opéra à Zürich le 16 août 1974. Je repris mes cours début novembre, mais ma convalescence, marquée d’abord par de grandes joies, puis par de terribles souffrances, dura jusqu’au début de 1978. En mars, je participai à Palerme à la « Settimana Ghelderode » où je revis avec plaisir l’inoubliable Escurial de Jean-Paul Humpers et où je fus témoin de la « ghelderodite » de plusieurs troupes italiennes et d’une compagnie polonaise.

Peu après, le Ministère de la Communauté française de Belgique me pria de collaborer à l’organisation du Congrès international de Gênes et de rédiger le texte du catalogue de l’exposition Ghelderode au Palazzo Ducale Genova. Je ne résistai pas longtemps et me laissai reprendre dans l’engrenage. Le dernier jour du colloque, le 25 novembre, fut créé, à l’initiative de Venanzio Amoroso, la Société Internationale des Études sur Michel de Ghelderode, dont les 37 membres fondateurs m’élurent comme président, à l’unanimité. C’est cette Société qui, au bout d’invraisemblables péripéties que je n’ai pas le temps d’évoquer ici, devint en 1980 la Fondation (aujourd’hui Association) internationale Michel de Ghelderode.

Peu après le colloque de Gênes, le Ministère revint à charge et me supplia de développer le catalogue de Gênes en vue d’une grande exposition Ghelderode à Paris. Je refusai, on insista, je finis par céder au charme de Françoise de Moffarts et je rédigeai en quelques mois Michel de Ghelderode ou la comédie des apparences. L’exposition eut beaucoup de succès, d’abord au Centre Georges-Pompidou, du 27 février au 7 avril, ensuite à la Bibliothèque Royale, du 26 avril au 7 juin, puis de nouveau à Paris, en mars-avril 1981, à l’occasion de la création française de l’opéra Le Grand Macabre de Ligeti, puis de nouveau à Bruxelles. Itinérante, elle circulerait peut-être encore, si 15 des 16 grands panneaux n’avaient un beau jour disparu mystérieusement...

Entre temps, j’avais conçu l’idée de publier la correspondance de Ghelderode. En octobre 1980, je lançai mon projet Michel de Ghelderode épistolier, grâce au Fonds de Recherche de la KUL, qui me donna une collaboratrice scientifique pour deux ans, et du NFWO, qui m’accorda une subvention de 200.000 francs. Naïf comme je suis, je pensai qu’il me suffirait de deux ans pour étudier à fond et pour publier « the best of » de la correspondance de Ghelderode, mais à la fin de 1983, je n’avais même pas encore fini de déchiffrer et de dactylographier les lettres.   

Un beau jour, je confiai à Monsieur Hanse que, faute de moyens pour poursuivre mon édition de la correspondance, j’étais en train d’écrire un roman. « Vous avez mieux à faire ! », s’exclama-t-il. Je lui demandai « Quoi ? ». « Mais votre Bibliographie », répliqua-t-il. Grâce à lui et à mon ami Raymond Trousson, l’Académie décrocha un subside, à condition que le volume parût avant la fin de 1987. Ce fut le cas, au prix de terribles efforts, toujours sans ordinateur.

 

Michel de Ghelderode

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Published by ça ira! - dans littérature
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