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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:30

Tels sont ceux qui constituent la pléiade Dada. Mais il est malaisé d’être démonstratif vis-à-vis de Dada, car Dada est un retour à la vie inorganisée, par un mode d’expression dépouillé de toute habitude verbale. Dada se paie d’onomatopée.

Dans l’antiquité on disait de ceux qui avaient soulevé le voile des phénomènes physiques qu’ils avaient vu le grand dieu Pan. Les bouleversements de notre époque qui ont laissé apparaître une solution de continuité dans l’évolution de l’humanité ont fait surgir une littérature panique. Sans doute Dada est un mouvement pessimiste. Mais son pessimisme est fondé sur le danger des ambitions humaines. C’est dans la Rochefoucauld et dans Schopenhauer qu’il faut chercher les préliminaires d’une entente internationale. Dada est le seul lien possible parmi les hommes, puisque son principe fondamental consiste à n’avoir raison en rien. Méconnaître Dada c’est méconnaître son temps. Dans un siècle où Lénine échoue après Wilson, Dada n’a rien qui doive nous étonner. Les dadas perdent délibérément pied. Mais s’ils sont idiots ils ne sont pas stupides. Ils ne disent rien pour rire et ne prennent rien au sérieux.

Dada est une philosophie. Dada est une morale. Dada est un art, l’art d’être sympathique dans un temps où toute supériorité est devenue insupportable et où toute grandeur humaine semble une facétie.

Dada est la fleur des ruines, non pas la petite fleur bleue de l’optimisme que les poètes veulent cueillir dans les décombres d’une civilisation, mais une azalée, une aride azalée qui plutôt que d’implorer une pluie de sang cherche à s’abreuver de sécheresse.

Paul NEUHUYS

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Published by ça ira! - dans Dada
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