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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 20:38


André Breton est aussi un théoricien du dadaïsme. Pour lui Dada répond à un besoin de liberté. Il s’insurge contre toute résignation. Toute conviction semble lui être une forme de renoncement. En explorant l’inconscient il est arrivé aux constatations les plus déconcertantes. Ainsi il dira :

« L’innocence n’est tolérée que sous sa forme passive. » Vertu chez la vierge, elle peut conduire au crime l’assassin. André Breton n’arrive plus à comprendre. Et il ne se sent plus à l’aise que dans l’atmosphère annulative créée par Dada : « Qu’est-ce que c’est beau, laid, grand, fort, faible, connais pas, connais pas. Qu’est-ce que c’est Carpentier, Renan, Foch, connais pas, connais pas, connais pas. »

Les Champs magnétiques écrits en collaboration avec Philippe Soupault sont à cet égard un livre singulier. Malgré l’incoordination radicale des idées, Les Champs magnétiques laissent une impression générale qui ne fait aucun doute. André Breton ne se sent plus attiré vers rien. Les mots sont rouillés et les choses ont perdu sur lui tout pouvoir d’attraction. Il se représente le monde comme un « terrain vague ». Il n’a plus faim pour les « friandises pourries » que lui offre la vie. L’habitude l’endort. Il est las de considérer l’univers selon des catégories mensongères et il se réfugie dans l’absurde.

Philippe Soupault cherche à s’affranchir des trois unités de nombre, d’espace et de temps, mais il se sent prisonnier entre les quatre points cardinaux.

Il intitule son recueil : Rose des vents. Il vise à cette ubiquité lyrique à laquelle tendait l’orphisme d’Apollinaire.

En faisant tourner la rose des vents sur son axe Soupault dédaigne la conception de l’univers telle que la lui inflige la matière grise de son cerveau. Pour résoudre toutes les oppositions il s’adresse à Dada.

 

Mes idées comme des microbes

dansent sur mes méninges

au rythme de l’exaspérante pendule

un coup de revolver serait une si douce mélodie

 

Il veut s’en aller hors de lui-même. Se délivrer du déterminisme. Il escalade les horizons. « J’ai cassé mes idées immobiles » dit-il. Les découvertes modernes lui laissent entrevoir toutes les probabilités métaphysiques. La tour Eiffel lance ses rayons aux quatre coins du monde. L’idée d’espace est une illusion que la matière impose à nos sens. Tout se meut sur un même plan. Il se persuade que le Gaurisankar est juxtaposé à Notre-Dame. Il s’ouvre simultanément à toutes les sensations.

Les mille interprétations dont les mots sont susceptibles se rencontrent dans son esprit à propos d’une vulgaire enseigne :

 

déménagements pour tous pays

 

Voilà, je crois, comme il faut comprendre ce qu’on appelle la plaisanterie dada.

Paul NEUHUYS

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Published by ça ira! - dans Dada
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