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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 19:10

Curieux destin littéraire que celui de Hellens, écrivain parfois prolixe et fuyant mais toujours attachant, publié ou réédité par les plus grands éditeurs parisiens, mais qui restera le prototype du writer’s writer : apprécié par ses pairs, ignoré du grand public. Il en était bien conscient, écrivant dans son journal le 1er janvier 1972, moins de trois semaines avant sa mort :

« Dans dix ans, quand ma personne sera réduite à une poignée de poussière, on m’aura complètement oublié. Mes livres dormiront de leur belle mort dans la poussière des bibliothèques. Si, par hasard, un de ces ‘rats’ qui fréquentent ces cimetières, mettra la main sur l’un deux, le titre l’ayant surpris, il en feuilletera peut-être quelques pages, puis le reglissera dans sa tombe. »

Même s’il n’est plus guère lu aujourd’hui, Hellens est en passe de devenir un écrivain culte. Le docteur Sourour Ben Ali Memdoub a assuré l’édition, l’introduction et les notes des Carnets d’un vieillard : l’Âge et Moi, un manuscrit découvert à la Bibliothèque royale de Bruxelles, qualifié par son auteur d’ «ouvrage capital » , « le seul peut-être, où j’ai atteint mes limites ». En annexe Mme Sourour Ben Ali Memdoub a réuni des extraits de textes de Hellens traitant des mêmes thèmes (le temps, la vieillesse et la mort) : Journal de Frédéric, Moralités peu salutaires, Dans l’automne de mon grand âge, L’Âge dur, Valeurs sûres et Cet Âge qu’on dit grand.

 Œuvre majeure, en effet, que ces Carnets d’un vieillard où Hellens déploie toute la maestria d’une prose dont il décline toutes les gammes. Il ne s’agit pas d’un ars moriendi, mais d’une leçon de vivre qui n’est pas sans évoquer Montaigne, Marcel Jouhandeau, Julien Green, quelques considérations que Marguerite Yourcenar met dans la bouche d’Adrien ou, bien sûr, Saint-John Perse (Chronique) et Cicéron (De senectute). Hellens conjugue à loisir les thèmes d’ Horace (Eheu ! fugaces, Posthume, Posthume, labuntur anni...) et de Cicéron (Emori nolo : sed me esse mortuum nihil aestimo)

*

De son propre aveu, trois hommes auront poussé Paul Neuhuys « sur l’épineux sentier poétique » : Elskamp, Cocteau et Hellens.

Paul Neuhuys et Franz Hellens, La Celle-Saint-Cloud, août 1956

 

Les premiers écrits de Neuhuys sur Hellens datent de 1921 ; son essai sur « Hellens ou la fantastique acceptation du réel » parut dans un recueil d’études, de souvenirs et de témoignages offert à Hellens à l’occasion de son 90e anniversaire,  achevé d’imprimer en décembre 1971. (Hellens décède le 20 janvier 1972.) Neuhuys gardera un souvenir ému de Hellens, à qui il consacrera le premier poème du cycle « Que sont nos amis devenus », dans L’Agenda d’Agénor (1984), son dernier recueil.

 Franz Hellens

 

Excelle à déceler

la somme d’énergie d’un objet inanimé

jusqu’au fétichisme de Bass-Bassina-Boulou

 

            Sur le ponton du Steen

            haut lieu du monde

            mon grand ami des lettres

            évoque l’humour de Mélusine

            par des Conseils aux Inhumés

 

Dada n’était pour lui qu’un coup d’épée dans l’eau

 

            Et dans la forêt de Louveciennes

            je l’entends encore bougonner

            comme contre son gré:

            Aucune bête n’est sale

            seul l’homme est une sale bête

            qui s’obstine à salir sa furtive planète

 

(HFJ)

Franz HELLENS, Carnets d’un vieillard : L’Âge et Moi,  Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, Collection Centre de Recherches sur les Littératures modernes et contemporaines / Textes, 2007, 228 p., 15 €.

 

 

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Published by ça ira! - dans littérature
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