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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 01:28

En novembre 1961, Paul Neuhuys note dans ses carnets: « Bon article de Hubert Lampo sur le peintre Joostens : "Romeinse imperator in zwerver verkleed". Ce qui en dit long sur le fantastique social d’Anvers. Le clochard sanglé dans ses hardes de velours. »

Il s’agissait d’une forte évocation du peintre et de son œuvre à l’occasion de la parution de la monographie de Neuhuys consacrée à Joostens, éditée par Elsevier pour le Ministère de l’Instruction publique. Joostens n’aura pas eu la joie de voir paraître cette monographie tant espérée qu’il considérait comme un brevet de reconnaissance officielle.

Lampo signale bien sûr aux lecteurs du quotidien socialiste Volksgazet la traduction néerlandaise de cette monographie, due à August Corbet, dont les bonnes feuilles parurent dans le mensuel De Periscoop. Un an plus tôt, De Vlaamse Gids avait déjà publié le texte intégral de Neuhuys, dans une traduction du poète Willem M. Roggeman, en tous points supérieure à celle de Corbet.

L’article de Lampo, fin critique, brossant une remarquable synthèse, ne fut pas le seul à signaler la monographie de Neuhuys. Remi de Cnodder, qui avait bien connu Joostens, soulignera que l’écriture caractéristique de Neuhuys, traduisant une longue et fidèle amitié, évoque avec relief la personnalité et l’œuvre hors du commun d’un peintre à qui il est enfin rendu justice.

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Désireux d’exposer, Joostens prit en 1949 contact avec Hubert Lampo, responsable des pages culturelles hebdomadaires de Volksgazet (« Kunst en kultuur »), afin que celui-ci lui consacre un article. Lampo s’y prêta de bonne grâce.

Suite à la visite que Lampo rendit à son atelier, rue des Arquebusiers, Joostens lui adressa, en sus d’une documentation générale, un exemplaire de la monographie de Georges Marlier, parue en 1923 chez Ça ira. Lampo informe Joostens que l’article paraîtra « jeudi prochain », et qu’il sera illustré d’un grand cliché.

À l’occasion d’une éventuelle exposition, Lampo s’engage à publier un second article, « plus approfondi et plus analytique ». Il s’engage d’ailleurs à prendre contact avec « les gens d’Artès »  (il s’agit bien sûr de la galerie du même nom, sise Longue rue de l’Hôpital, dirigée par Camille Goemans, émanation de l’association fondée par, entre autre, Carlo van de Bosch, Roger Avermaete, Leon Stijnen et Albert Lilar).

Enfin, Lampo déclare « ne pas s’imaginer être une éminence grise », mais il prendra contact avec Herman Teirlinck, conseiller artistique du Ministère de l’Instruction publique. Teirlinck, directeur du Nieuw Vlaams Tijdschrift dont Lampo était secrétaire de rédaction, avait la haute main sur les achats de l’État. Lampo estime « qu’il y a de grandes chances que l’affaire s’arrangera ».

L’article de Lampo parut donc le 21 avril 1949, et un an plus tard, du 23 avril au 1er mai 1950, Joostens fut à l’honneur au Stedelijk Kunstsalon qui lui consacra une rétrospective, organisée à l’initiative du Comité des Jeunes d’Artes. Lampo tint parole et y consacra un important article illustré d’une reproduction du « Prince de Byzance », dans lequel il dénonce l’indifférence des « officiels » à l’égard d’un peintre « évincé par les promoteurs de la médiocrité » mais qui sera un jour qualifié de « génie ».

Paul JOOSTENS, Le Prince de Byzance, 1930-1936, 100 x 70, huile sur toile marouflée

En avril 1952, l’État achètera une toile de Joostens, « Paula ». C’était l’époque où Joostens s’était acquis le soutien d’un autre critique et journaliste, Alain Germoz, à qui il dut selon toute évidence l’exposition qui se tint en mai 1954 à l’Atelier à Deurne, à l’occasion de laquelle Lampo se fendit derechef d’un long papier analysant avec lucidité « le cas » Joostens.

Il n’était donc pas étonnant qu’il consacra un long article à la monographie de Paul Neuhuys.

Henri-Floris JESPERS

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Published by ça ira! - dans arts plastiques
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