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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 04:42

Roger Avermaete soulignait en 1929 que le poète le plus important de par son influence est Paul van Ostaijen (1896-1928).

C’est lui qui, nourri d’Apollinaire, a introduit le modernisme de la forme dans la poésie flamande. Ses poèmes, tout en prétendant reconstruire le monde à leur manière (ce qui est une autre ambition, difficile à atteindre) redisent de préférence certains aspects de la vie d’aujourd’hui : la vie des bars, la musique nègre. Il y a en lui l’étoffe d’un fantaisiste. C’est l’homme qui, sentant l’attendrissement proche, s’empresse de faire une culbute (les Français se contenteraient d’une pirouette). Ce n’est pas un grand poète, mais il a joué en Flandre un rôle comparable (toutes proportions gardées) à celui d’Apollinaire en France. Il a été le libérateur. Le vers libre, libre à un point que franchement ce n’est plus un vers du tout. L’orthographe simplifiée, qui fut adoptée par tous les jeunes. Les fantaisies typographiques, réminiscences du futurisme. Il n’a ni inventé, ni lancé cela le premier, mais il fut l’homme qui réunit tous ces éléments épars pour en forger une nouvelle poétique, basée sur l’exaltation de la vie moderne dans tous ses paroxysmes. Joignez-y son rôle d’initiateur à l’égard des arts plastiques. Il fut le panégyriste enthousiaste de toutes les formes d’art révolutionnaires : cubisme, futurisme, expressionnisme. Il fut le porte-parole attitré des premiers artistes anversois qui rompirent délibérément avec les apparences du monde sensible, les deux Jespers et Paul Joostens. Cette tendance trouve son aboutissant extrême en Geert Pynenburg, volontiers dadaïsant, mais auquel manque l’étoffe pour réussir dans ce genre exaspéré qui demande, pour arriver à un résultat, une puissance à la Cendrars. En somme, de ces œuvres chaotiques, trop fragmentaires, et sans doute d’exécution trop rapide, il ne reste aucun mouvement durable. C’est la littérature d’une période troublée, dont elle restera comme un film documentaire. Il aurait fallu une transmutation plus réelle des éléments de notre époque pour nourrir l’ambition d’en donner la synthèse. Les poètes flamands ont gardé une vision trop directe, partant impressionniste.


Paul van Ostaijen(1896-1928)

Cette page d’Avermaete est loin d’être la plus glorieuse ni la plus judicieuse de son œuvre. Elle traduit toutefois à souhait la vision de la critique « éclairée »[h1]  anno 1929.

HFJ

À propos de Van Ostaijen, cf. notre blog du 3 mai.

Plusieurs articles en néerlandais à consulter sur www.mededelingen.over-blog.com


 [h1] N no

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Published by ça ira! - dans littérature
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