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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 05:05


L’écrivain flamand Roger Avermaete (1993-1988), qui sera membre de l’Institut de France, publie en 1929 à l’Églantine à Bruxelles une Petite fresque des Arts et des Lettres dans la Belgique d’aujourd’hui. Il y consacre une chapitre à la poésie de langue néerlandaise, dont nous publions ici les premiers paragraphes.

« Deux tendances dominantes caractérisent, à leurs débuts, l’œuvre des nouveaux poètes. D’abord ce qu’ils ont appelé eux-mêmes l’ « humanisme » de leurs vers. Il importe de comprendre cet « humanisme », non dans l’acception courante, mais dans une conception de vie basée sur l’amour de l’humanité. Le poète nouveau chante les hommes, ses frères. Quelle que soit sa souffrance et malgré la tristesse des temps, il garde intacte sa foi en l’homme. Le meilleur représentant de cette tendance fut Wies Moens. Emprisonné pour avoir donné à dix-huit ans une signature à un quelconque manifeste jugé subversif en haut-lieu, il donne des vers qui sont d’un bel idéalisme et d’une émotion sincère. On a pu croire un moment qu’un grand poète était en gestation. Malheureusement l’ « humanisme » de Wies Moens évolue bientôt vers un mysticisme religieux, ce qui n’est pas un défaut en soi quand il est nourri par un tempérament de feu. Wies Moens est tombé dans la bondieuserie niaise et ses cris éperdus ne parviennent plus à nous émouvoir. Il a rejoint Marnix Gysen qui puisa toujours dans une religiosité éperdue le motif unique de son exaltation. Paul Verbruggen cherche aussi dans sa foi le thème de son inspiration, mais avec moins de lyrisme verbal que Gysen et plus d’émotion intime. Karel van den Oever, transfuge de la prosodie traditionnelle, vint apporter à ces jeunes sa conviction de poète catholique. Victor J. Brunclair, Frank van den Wyngaert, Gaston Burssens ont débuté comme Wies Moens sous le signe de l’ « humanisme ». Chez eux aussi l’ « humanisme » dura le temps qu’on pouvait croire qu’un monde nouveau allait sortir des horreurs de la guerre. Victor J. Brunclair, plus cosmique qu’humaniste, est le plus puissant. Ses poèmes témoignent d’une discipline plus sévère que ceux de ses compagnons. On y relève aussi des influences allemandes. Son tour d’esprit sarcastique le prédisposait à une évolution rapide vers des sujets plus immédiats et plus directs. Van de Wyngaert et Burssens ont remisé la trompette de prophète des temps nouveaux, pour se donner à des travaux moins ambitieux, ce qui, par un détour, les a fait retrouver la poésie de l’autre tendance : le modernisme sans préoccupations sociales.

Le poète le plus important de par son influence est Paul van Ostayen, mort depuis peu. »

Contrairement à Paul Neuhuys (1897-1984), qui se déclarait « toujours extrêmement attiré par les extrêmes », Roger Avermaete se voulait extrêment méfiant envers tous les extrémismes plastiques et littéraires.

Le rôle de Roger Avermaete a souvent été évoqué dans les bulletins de la Fondation Ça ira.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)  

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Published by ça ira! - dans littérature
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