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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 05:47

 

Henri-Floris Jespers et Paul Snoek au VECU, ca 1973

Bien qu’à l’opposé l’un de l’autre, Paul Snoek et Hugues C. Pernath firent figures de frère siamois durant quelques années. Extraverti, imprévisible, turbulent, provocateur et querelleur, Snoek représente l’aisance, dans toutes les significations du terme, qui fait défaut à Pernath, poète tourmenté qui chante la faillite, la blessure, la défaite, sinon l’impossibilité de communiquer.

Né en 1933, à St-Nicolas-Waas, en Flandre-Orientale, le poète, peintre et prosateur Snoek, de son vrai nom Edmond Schietekat, est également homme d’affaires dans le textile, puis dans le bâtiment. Avant de s’engager dans Gard-Sivik, il collabore à la revue De Tafelronde (La Table ronde). Avec Archipel en 1954, il débute dans la foulée des poètes expérimentaux et publie coup sur coup des recueils qui attirent l’attention de la critique : Noodbrug (Pont provisoire) en 1955, Aardrijkskunde (Géographie) en 1956, Tussen vel en vlees (Entre chair et peau) en 1956, Ik rook een vredespijp (Je fume un calumet de la paix) en 1957.

En 1957, Paul Snoek effectue son service militaire et vit très mal le rapport avec l’autorité. Durant cette période, l’adjudant-chef Wouters (alias Hugues C. Pernath) et le soldat-milicien Snoek s’écrivent des poèmes en prose. C’est la rencontre du soleil et de la lune... Cette correspondance sera publiée en 1961 sous le titre Soldatenbrieven (Lettres de soldats).

Snoek maîtrise le métier. Une poésie vitaliste, sensuelle, ironique et iconoclaste se déploie sans entrave dans ses recueils suivants : De heilige gedichten (Les Poèmes sacrés) en 1959, Hercules (Hercule) en 1960, Richelieu en 1961, Nostradamus en 1967 et De zwarte Muze (La Muse noire) en 1967.

Si Pernath, en dandy stoïque, promène sa solitude, Snoek est l’enfant gâté, perpétuellement insatisfait, exigeant tout, et immédiatement. Doté d’entregent, Snoek connaît l’art de manipuler les médias. Depuis les années 50, il pratique une peinture proche de Cobra et expose régulièrement dans les années 70.

En 1971, il publie un cycle remarquable de poèmes d’amour, Gedichten voor Maria Magdalena (Poèmes pour Marie Madeleine) et des Gedrichten qui marquent un tournant dans son œuvre. (« Gedrichten » est un mot-valise difficilement traduisible, jouant sur « gedichten », poèmes et « gedrochten », monstres.) En 1972, il est élu membre de la société anversoise Pink Poets. L’année suivante, il publie Ik heb vannacht de liefde uitgevonden (Cette nuit j’ai inventé l’amour) et Welkom in mijn onderwereld (Bienvenue dans mon territoire souterrain – « onderwereld » dénotant à la fois les enfers et le milieu, dans le sens de « la pègre »). Son dernier recueil, Schildersverdriet (Chagrin de peintre) paraît en 1982.

Prosateur sous-estimé, Snoek publie en 1971 Bultacco 250 cc, titre en référence à une moto éponyme, affublé du casque réglementaire et enfourchant la moto fétiche, créée par l’Espagnol Francisco Bulto en 1962. Kwaak en Kruipdieren (Garrots et reptiles) paraît en 1972.  Snoek qualifie son meilleur livre de prose, Een hondsdolle tijd (Une époque enragée), paru en 1978, de roman, mais il s’agirait plutôt de mémoires, un document essentiel pour appréhender l’esprit d’une époque révolue. Victime d’un accident de voiture, Paul Snoek meurt à Egem en 1981.

Arkprijs van het Vrije Woord (Prix de l’Arche de la Libre Parole) en 1963, Prix triennal de poésie de l’État en 1967.

HFJ

 

Anthologie de la poésie néerlandaise. Belgique 1830-1966, Aubier, 1967 ;

Un bouquet de 50 poèmes néerlandais, Orion, 1975 ;

Les Lettres Nouvelles, n° spécial (Écrivains néerlandais. Pays-Bas / Belgique flamande), Paris, avril-mai 1975.

Poésie flamande d’aujourd’hui, Actes Sud, 1986 ; Ici on parle flamand & français. Une fameuse collection de poèmes belges, Le Castor Astral, 2005.

&

Lionel Deflo, « Le poète Paul Snoek », in Septentrion VII, 3, 1978, pp. 21-26.

Willy Devos, « Paul Snoek, l’insaisissable », in Septentrion XV-3, 1986, pp. 83-84.

 

 

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Published by ça ira!
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