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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 04:21

Militaire de carrière, libraire, comptable,  Hugues C. Pernath,  pseudonyme de Hugo Wouters, est né en 1931 à Borgerhout, district d’Anvers. Poète, peintre et traducteur, il collabore à Het Cahier, qui publie ses premiers poèmes au début des années 50. Nourri de littérature française, de Prévert et des surréalistes en particulier, il est une figure charnière de la seconde génération expérimentale, bientôt regroupée dans la revue Gard-Sivik.

Fortement perturbé par une situation familiale tendue, le jeune Wouters est expédié par son père à l’armée en octobre 1947. Il s’y lie d’amitié avec le peintre abstrait Dan Van Severen, à l’époque officier de carrière. Caserné à Malines, il fait également la connaissance du peintre hard edge Guy Vandenbranden. Rétrospectivement, Hugo Wouters considérera l’armée à la fois comme son exil intérieur et une université populaire.

En 1957, Paul Snoek effectue son service militaire et vit très mal le rapport avec l’autorité. Durant cette période, l’adjudant-chef Wouters et le soldat-milicien Snoek s’écrivent des poèmes en prose. C’est la rencontre du soleil et de la lune... Cette correspondance sera publiée en 1961 sous le titre Soldatenbrieven (Lettres de soldats). Paru en 1963, Instrumentarium voor een winter (Instrumental pour un hiver) rassemble trois recueils de Pernath, publiés de 1958 à 1960, poèmes hermétiques à la diction hachée, jouant sur l’ellipse et la déconstruction de la syntaxe. Se délestant d’une écriture lyrique, parfois occulte, Pernath s’exerce, à une poésie plus révélatrice dans Mijn gegeven woord (Ma parole donnée, 1966) puis dans Mijn tegenstem (Ma contre-voix, 1973). Soigneusement codée, en filigrane dans son œuvre antérieure, l’anecdote autobiographique désormais surgit, domine. La rhétorique apparaît ensuite plus sombre et conjuratoire dans ses Nagelaten gedichten (Poèmes posthumes, 1976).

Pernath est profondément marqué par sa visite au camp d’Auschwitz. Il traduit des poèmes du romancero de la résistance espagnole, Délie de Maurice Scève et de nombreuses pièces de théâtre, jouées par le Koninklijk Nederlandse Schouwburg (Théâtre royal néerlandais) à Anvers, dont Tartuffe, Dom Juan et Le Malade imaginaire de Molière, Le Roi Lear de Shakespeare ou encore La Commandante Barbara de George Bernard Shaw et Le drame du Fukuryu Maru de Gabriel Cousin.

Pernath paraît à l’écran : dans De Grafbewaker (Le Veilleur du tombeau) de Harry Kümel en 1965, puis dans deux films d’Hugo Claus, De vijanden (Les Ennemis) en 1967 et Speelmeisje (La Femme-joujou) l’année suivante. En 1967, Pernath suit un stage à l’école de cinéma de Łódż, où il participe à des tournages et rencontre Wajda, Mikulski et Gogolewski. Il joue le rôle de croupier dans Ostatnia szansa (La dernière chance), épisode d’un feuilleton télévisé culte dans les pays de l’Est.

Pernath réalise des livres d’artistes avec Guy Vandenbranden, Vic Gentils et André Goezu et rédige des textes pour des catalogues d’exposition (Asger Jorn, 1972 ; Hans Bellmer, 1973).

Élu membre de la societé anversoise Pink Poets en 1972, Pernath en sera le premier « gouverneur », avant de s’éteindre subitement, le 4 juin 1975, sur la marche d’un club privé, où se tient une réunion du groupe.

Arkrpijs van het Vrije Woord (Prix de l’Arche de la Libre Parole) en 1961, prix de la Province d’Anvers en 1967, prix Jan Campert en 1974 et Prix triennal de l’État en 1977.

HFJ

 

Comme un personnage perdu, poèmes choisis par Henri-Floris Jespers, traduit du néerlandais par Jeanne Buytaert. [Hilversum], Éditions Kofschip-Kring, 1986, 84 p.

 

Anthologie de la poésie néerlandaise. Belgique 1830-1966, Paris, Aubier, 1967

Les Lettres Nouvelles, n° spécial (Écrivains néerlandais. Pays-Bas / Belgique flamande), Paris, avril-mai 1975.

Poésie flamande d’aujourd’hui, Actes Sud, 1986.

Poètes néerlandophones contemporains, Stichting Ons Erfdeel, 1992.

Le cycle “De Tien gedichten van de eenzaamheid” (Les dix poèmes de la solitude, Mijn tegenstem, 1963) est publié en trad. fr. sur www.lyrikline.org/

&

Georges Adé, « Le langage et la solitude. La poésie de Hugues C. Pernath », in Septentrion, XII, 2, 1983, pp. 16-18.

Willy Devos, « Hugues C. Pernath » », in Septentrion XVI, 4, 1987, p. 78.

 

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Published by ça ira!
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