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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 05:01

Le hasard qui, comme nous le savons tous, n’existe pas mais fait toujours bien les choses, me ramène à l’adresse http://mamilitance.blog.lemonde.fr/

À ma grande surprise, j’y ai lu le 3 février 2007, un poème de mon ami Hugues C. Pernath (1931-1975) dans la traduction d’Irina Paslariu-Lambert, « L’orgueil » (De hovaardigheid). En 1980, j’ai édité les œuvres poétiques complètes de Pernath (Verzameld Werk, Anvers, Pink Editions & Productions, 415 p.)

C’est avec plaisir que je cite ici le commentaire du blogueur que je salue ici :

« Les Lettres Nouvelles, la revue de Maurice Nadeau, étaient remarquables pour ces numéros spéciaux qui donnaient de bonnes photographies de la littérature d’un pays ou d’une langue. Ces numéros en forme d’anthologie étaient un peu à la littérature ce que les sondages sont aujourd’hui à la politique. Le hasard me fait feuilleter ce numéro forcément hollandais le jour où François Hollande est allé à Thouars (Deux-Sèvres) pour l’inauguration des nouveaux locaux de la section du PS suivi d’un grand métingue. J’ai séché ce grand rendez-vous d’un homme et de son peuple. Pas motivé. Pas envie de traverser le département dans le sens de la longueur à bord d’un des autocars affrétés par le parti. Je n’arrive pas, décidément, à me sentir limaille de fer attirée par l’aimant comme tout bon militant doit subir l’attraction de son chef de file quand il passe à proximité…

Pernath lui ne fut pas militant mais militaire. Militaire de carrière. Mais il quitta l’armée après 13 ans de services pour se faire libraire, écrivain, traducteur et poète. J’aime sa vision désabusée de la condition humaine, sa manière de questionner le rapport de l’individu au monde, à dieu (écrit avec minuscule) et surtout à la médiation entre créature et créateur. Sans doute cette langue respectée mais qu’il ne parlera jamais… Une manière de logos impraticable – mais pas incompréhensible – par l’humain qui va et vient comme la marée entre sa plénitude animale et son ouverture sur la transcendance, dans cette zone de confins et de confrontation, cet espace ténu de finitude qu’est la vie… J’aime la joie qui se dessine in fine, dans le refus de la seule triviale sustentation. »

À la ville, Pernath masquait sa sensibilité exacerbée par une désinvolture feinte ; au théâtre, par une rigidité hautaine dans l’écriture. Consumé par ce feu froid, cette gangrène de l’âme que Baudelaire qualifiait d’espèce nouvelle d’aristocratie, il s’appliquait à animer un univers figé par la fulguration soudaine d’une électricité froide. Mais que de renoncements, que de retenue, quelle immense pudeur ne décèle-t-on pas dans cette œuvre obsédante, inquiétante parfois, toujours portée par une démarche audacieusement prudente. La foudre sous la neige.

Pour Pernath, le langage est le lieu même, le moteur et le véhicule des malentendus. Il s’appliquera donc à pratiquer un idiome unique, exceptionnel et irréductible, une langue à maltraiter avec respect : il n’en viole point le corps, mais le souffle qui l’instaure et l’anime. Exemple du doute méthodique, « comme un détachement qui aurait gardé les pieds sur terre », le blogueur cite également la fin du poème « La volupté qui doute » (De twijfelende wellust).

Paul Neuhuys souligne dans le XIIième cahier des Soirées d’Anvers (juillet 1965)  que Pernath représente

« ce que le ‘verfijnde Vlaming » (le Flamand raffiné) fait en ce moment de meilleur. » 

Les deux poèmes cités dans mamilitance.blog.lemonde.fr/ parurent dans le numéro spécial « Écrivains néerlandais. Pays-Bas et Belgique flamande » des Lettres Nouvelles, daté d’avril-mai 1975 (pp. 205-209).

Pernath ne fut pas militant mais militaire, souligne le blogueur. Hugues a pourtant connu sa période de militance, et nous y reviendrons. Militaire ? Certes, tout comme le situationniste de la première heure Walter Korun, futur général aviateur Piet de Groof, et le peintre Dan van Severen.

Henri-Floris JESPERS

 

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Published by ça ira!
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