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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 04:40

L’étude des minorités et du phénomène minoritaire dans le monde prend une ampleur de plus en plus grande, au point de devenir un domaine de recherches à part entière. En Belgique aussi, les minorités font l’objet d’un nombre croissant d’analyses sociologiques, politiques, historiques, etc., et les chercheurs se relayent pour tenter de donner une vue d’ensemble fouillée des minorités qui peuplent le pays. Ainsi voit-on se multiplier les études sur les germanophones de Belgique, les Flamands de Wallonie ou encore les minorités issues de l’immigration. Dans ce nouvel enthousiasme pour l’étude des minorités, subsiste un domaine inexploré car encore largement tabou :  l’étude des francophones en ce qui constitue l’actuelle Région flamande de Belgique.

 La frilosité des chercheurs à se pencher sur une telle étude s’explique probablement, entre autres, par la rupture qu’elle représente avec les paradigmes aussi bien corporatistes que communautaires de l’historiographie et de la sociologie belges actuelles. Par rapport à la dimension corporatiste, il est à noter que, à aucun moment de l’histoire, les francophones en Flandre ne sauraient être identifiés à tel ou tel pilier sociopolitique en particulier. Ils sont dispersés politiquement et ne constituent pas un électorat unifié, ce qui ne favorise pas l’intérêt pour leur étude, alors qu’une telle complexité devrait au contraire constituer un stimulant pour le chercheur. Par rapport à la dimension communautaire, ils ont été effacés de la nouvelle société flamande par, entre autres, l’instauration du principe de territorialité. Pourtant l’existence ‘sociologique’ des francophones en Flandre défie la pertinence de ce principe, un défi que les chercheurs belges n’ont que timidement relevé. Il est d’ailleurs frappant que, là où l’étude des minorités émane généralement d’un réflexe endogène, cela n’a nullement été le cas pour les francophones en Flandre qui semblent souvent résolus à contribuer à leur propre effacement. Le carcan intellectuel consciemment ou inconsciemment inspiré par la logique institutionnelle est en réalité incompatible avec la mission d’analyse du phénomène qui devrait être celle de la science.

Par ailleurs, il se peut que, comme pour d’autres problématiques telles la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre, l’épuration de la collaboration, la débâcle belge au Congo, l’historiographie belge se trouve, une fois de plus, à la croisée des chemins. En effet, l’aboutissement des objectifs du mouvement flamand historique et la diversité croissante de la société flamande permettraient-ils enfin le recul nécessaire à un examen scientifique approfondi de la présence francophone en Flandre ? Avec le retrait des dernières générations de politiciens flamands de l’avant-Belgique fédérale, s’annonce peut-être une période moins enflammée, moins émotionnelle ou, en tout cas, plus propice à une approche rationnelle et objective. Une telle démarche permettrait aux habitants de la Région flamande actuelle, néerlandophones, francophones et autres, de reconsidérer leur propre histoire, leur propre réalité sociologique et leur propre culture dans toute sa variété.

Le Centre d’étude des francophones en Flandre (CEFF) se consacrera ainsi à l’étude résolument scientifique et multidisciplinaire des locuteurs de la langue française depuis leur apparition sur le territoire actuel de la Région flamande et de la Région Bruxelles-Capitale jusqu’au temps présent, et ceci dans toutes leurs expressions. Dans ce but, le CEFF initiera et/ou encadrera des recherches, en collaboration notamment avec les institutions scientifiques dont relèveront les chercheurs concernés. Il rassemblera, conservera et mettra à disposition tout document et objet de quelque nature que ce soit, provenant d’associations ou de personnalités qui ne désirent pas les garder.

Le CEFF constituera aussi une bibliothèque dotée des œuvres de référence se rapportant directement ou indirectement à son objet d’étude. Il encouragera la recherche en mettant cette documentation à disposition des chercheurs ainsi qu’en les invitant à rendre public le fruit de leurs recherches par voie de conférences, publications, expositions, etc.

 

 

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Published by ça ira!
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