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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 02:35

Je reprends le Point d’Orgue de Pansaers. Il faut le dire autrement qu’avec le nez fouineur de la curiosité. Hilarité pure. Pendre son manuscrit en serviettes hygiéniques. Ouvrir un music-hall du rire pour consoler la sentimentalité. Moi qui suis né catastrophe

C’est une œuvre 100 % dada.

C’est l’onirologie de Maeterlinck qui est à l’origine du surréalisme. Surréalisme de Nadja, L’Âge d’homme, La Marge ? Tout ça fait trop hôpital au bord du canal. Les cris sanglants de femmes entassées.

 

En Chine triomphe le « chouan laid ».

 

Anniversaire de ma femme. Avons à déjeuner madame Albert-Birot, Henri Chopin et le libraire Petithory. Madame Pierre Albert-Birot me dit que dans l’ouvrage de Sanouillet sur Dada ce qu’il y a de plus intéressant c’est l’index.

 

Turin est la ville la plus surréaliste du monde : la ville de Chirico. Portiques déserts, l’oiseau sur la balustrade, des statues qui se dorent au couchant. Maeterlinck accourant sur des patins à roulettes comme un maître d’hôtel dans sa villa d’Orlamonde. Accorder une grande valeur à l’isolement. Vous n’entendrez jamais un surréaliste dire du mal de Maeterlinck. Le surréalisme est né dans les serres chaudes du désenchantement.

 

La révolte estudiantine se généralise. Credo de la violence. Le bestiaire intérieur. Plus on chuchote, plus ils chahutent au grand jour ! Toujours sincères et souvent courageux. Un nouvel élan se lève parmi les jeunes contre une société basée sur le seul profit. Société de surconsommation. Coefficient de contestation. De Gaulle crie à la chienlit. Crise de l’autorité. L’université doit être dirigée par ceux que cela concerne — il ne s’agit pas de faire des étudiants des « nains » ingénieux dont on fait ce qu’on veut — et non par des grosses légumes qui prennent leur indigestion pour une gestion.

 

Voyage en Bretagne. Paris par Laon. Les abords de la Sorbonne où l’on peut lire encore des slogans comme celui-ci : « La culture est l’inversion de la vie ».

 

Peut-on parler de la permanence de l’esprit dada parmi les jeunes ? Peut-être. Mais dada n’est pas un état d’esprit, c’est l’esprit qui souffle où il veut. C’est avant tout le sens de l’éphémère et le sentiment de l’insaisissable.

À ceux qui viennent me demander des précisions sur Pansaers et la signification de Dada à l’époque « vibrante » de Ça Ira et des années folles, et qui veulent retrouver un écho dada chez les zazous, les provos ou les hippies, je ne puis que répéter ce que j’ai dit plus haut : Dada est une diaspora qu’on ne rencontre qu’à l’état sporadique. Les dadas sont rares, n’est pas dada qui veut, et la plupart des critiques restent allergiques à Dada.

Peut-être retrouve-t-on quelque chose de dada chez le socratique Paul Colinet d’Arquennes, lorsqu’il déclare que l’écureuil a une vie plus agréable que la moule parquée ; chez Boris Vian, lorsqu’il ne veut retenir que L’Écume des jours, ce qui surnage du temps — le piano cocktail dont le clavier déclenche un carillon de liqueurs est une invention dada.

 

Et puis il y a cette Sorbonne que j’ai revue après cinquante ans, couverte d’inscriptions baroques, de slogans du plus curieux effet : « La culture est la négation de la vie », « Ne prenez pas l’ascenseur, prenez le pouvoir ». Quel pouvoir ? Le pouvoir du mépris ou celui de l’imagination ?

Ce vieux Quartier latin où j’ai vécu jadis a gardé son caractère cosmopolite et m’a semblé plus que jamais être le centre d’attraction des étudiants du monde entier. Au point que j’ai cru entrevoir parmi eux l’étranger, le rastaquouère picabiesque qui, par la magie des mots et la courbe des paraboles, est venu une fois de plus bouleverser toutes les catégories logiques. Dada en voulant n’être rien semble avoir changé tout.

Paul NEUHUYS

 

 

 

 

 

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Published by ça ira!
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