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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 01:02

En 1988, Germoz publie coup sur coup deux collections d’aphorismes, Le Carré de l’hypoténuse et Le Chat de Schrödinger, et un recueil de poèmes, Fragments d’une identité. Sous le titre Fin de règne, il réunit en 1991 deux pièces de théâtre, Le Toton (1952) et Le Témoin (1954). L’épigraphe en tête des trois contes repris dans Les Cercles de la Liberté (1990) indique tout aussi bien l’esprit de ces pièces, qui forment une trilogie avec Le Transfuge (1953). Il s’agit d’une courte citation du Marquis de Sade :

Il n’y a d’autre enfer pour l’homme que la bêtise ou la méchanceté de ses semblables.

« La plupart ont une morale de série B », déclare Germoz.[1] Moraliste, certes, dans la mesure où il observe les mœurs de ses contemporains. Et il n’est pas toujours tendre. Épinglons au passage, dans Le Carré de l’Hypoténuse[2] :

Tout homme au pouvoir est un fat qui ne croit pas à sa propre incompétence.

Il ne ferait pas de mal à une mouche. Il vise plus grand.

La francofolie est une maladie qui ravage de vastes régions cervicales chez des individus réputés sains d’esprit.

Un télévidiot.

Le français tel qu’on le parle :

— Comment va le suivi au niveau de ton vécu ?

Parfois, il s’agit moins d’un aphorisme que d’un apophtegme, parole mémorable ou pensée qui mérite d’être ciblée et cadrée dans le contexte de la réflexion globale de Germoz sur l’évolution artistique.

Le XXe siècle aura vu l’avant-garde tuer l’avant-garde et l’Art se dissoudre sous les coups de ceux qui en vivent. [3]

Soucieux de préserver l’essentiel, ennemi de toutes les théories extrémistes (« les convaincus m’ennuient autant qu’un mur d’usine ») autant que des platitudes du post-modernisme, Germoz entretient d’instinct une relation parfois ambiguë avec les avant-gardes, toutes récupérées sinon châtrées, proies de choix de la marchandisation culturelle.

L’avant-garde n’est qu’une étiquette pour une notion vague qu’on aimerait clicher mais qui fluctue dans le temps, ajoutant une illusion de plus aux collectionneurs invétérés que nous sommes. D’où une succession de soi-disant avant-gardes et de précurseurs qui n’en sont pas.[4]

Individualiste de nature et observateur par vocation, Germoz se méfie de l’avant-garde, terme militaire dénotant un collectif. Mais il laisse la parole à Michel Seuphor, à Marcel Mariën ou à Paul Neuhuys et, sensible au « non sens non dénué de sens », il repêche le « Fisches Nachtgesang » de Christian Morgenstern ou publie le « Sonnet du vieux poisson-lyre » de Georges Coppel ou les « Sonnets » de Renaat Ramon, abordant ainsi la poésie visuelle « qui se passe, littéralement, de mots ».

Henri-Floris JESPERS



[1] Alain GERMOZ, Le Carré de l’Hypoténuse, Bruxelles, PEHEL, 1988, p. 34.

[2] Ib., p. 15, 18, 22, 32, 33.

[3] Ib., p. 31.

[4] Alain GERMOZ, Du haut du gibet : Christian Morgenstern, in Archipel, no 22, p. 14.

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Published by ça ira!
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