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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 04:23

Membre estimé du Barreau d’Anvers, Maître Charles Dumercy (1848-1934), ami de Max Elskamp[1], est trop injustement oublié [2]. Écrivant son épitaphe, il en fait une déclaration de principe :

Celui qui dans ce lieu repose

Mit son orgueil à n’être rien.

Et la mort lui montra combien

Rien se résume à peu de chose

Surnommé « le Voltaire du Barreau », Dumercy était célèbre et craint pour ces mots d’esprit qui n’épargnaient rien ni personne. Les titres mêmes de ses publications annoncent  bien la couleur : Boutades judiciaires, (1888); Facéties judiciaires, (1894); Paradoxes judiciaires, (1899), Questions d’enseignement supérieur ou le pot à colles (1924). L’imprimeur J.-E. Buschmann publiera une rarissime Exégèse biblique au point de vue du droit belge (1895), et Max Elskamp imprimera sur l’Alouette, sa presse privée, Petit vocabulaire de médecine judiciaire (1901) et La Vieille Boucherie et les Aveugles (1902).

Ce sera le personnage non-conformiste et somme toute dérangeant qui affirmait dans un esprit empreint de dandysme baudelairien que « le chic suprême est le dédain de l’opinion publique » qui éclipsera l’écrivain. Avermaete souligne à juste titre :

Chose curieuse, on cherche en vain le nom de cet homme sous la plume des faiseurs d’anthologies et d’histoires des lettres belges. Curieuse ? Non, ces messieurs préfèrent les voies faciles du conformisme et ressassent des noms, toujours les mêmes. »[3]

Marie Gevers comparait Dumercy à Harpagon et à Grandet :

comme beaucoup d’avares, Dumercy, fort riche, devenait plus maniaque et plus sale à mesure qu’il prenait de l’âge. Il déambulait par les rues, l’œil vif, perçant, vêtu d’une jaquette luisante, usée, graisseuse. Le visage malpropre, gris, se terminait en favoris noirs, grêles et longs.’[4]

Ce témoignage corrobore celui d’Avermaete, qui situe toutefois la nonchalance vestimentaire de l’avocat (qui la partage avec Paul Léautaud)  dans une perspective éclairante. Dumercy était

d’une avarice exceptionnelle et peut-être unique. Il en avait fait une manière de morale. Elle représentait pour lui l’affranchissement des contingences matérielles. Son accoutrement illustrait comme il convient cette ligne de conduite.[5]  

Croquant le portait de Dumercy en 1931, Antoine Dorville, porte-parole de l’esprit  platement bourgeois qui était celui de la Métropole combien provinciale, ne lui fera pas même l’honneur de le clouer au pilori en  qualité d’écrivain : Dumercy figure au chapitre « banc de sardines ».

Que dire de cet oléagineux petit bonhomme dont la saleté et la pauvreté sont proverbiales ? Contemporain de M. Paul Pollet, pensons-nous, et avocat comme lui, M. Dumercy a publié quelques maximes dont certaines sont fort bonnes, et un essai intitulé Comment utiliser vos vieilles dents.

Nous réservons notre jugement. M. Dumercy est encore fort jeune.[6]

Ajoutons ici que Dorville, témoignant à souhait de cette vulgarité qui caractérise le prétendu bon sens bourgeois qui s’estime spirituel, n’épargnera ni Avermaete, ni Neuhuys, ni Koninckx.

Henri-Floris JESPERS

 



[1] René FAYT, Max Elskamp et ses amis, in : Le livre & l’estampe. Revue semestrielle de la Société Royale des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique,  XXXXIV, 2003,  no 159, pp. 13-79. Cf. Henri-Floris JESPERS, Vlaanderen : van droom tot nachtmerrie (III). Max Elskamp en zijn vrienden, in Mededelingen van het CDR, no 36, 23 novembre 2004, pp. 9-14.

[2] Même une érudite comme Daphné de Marneffe signale à propos du Rat “un certain Dumercy ». Cf. Entre modernisme et avant-garde. Le réseau des revues littéraires de l’immédiat après-guerre en Belgique (1919-1922). Thèse de doctorat inédite, Université de Liège, année académique 2006-2007, p. 188.

[3] Roger AVERMAETE, L’Aventure de “Lumière”, Bruxelles, Arcade, 1969, p. 179.

[4] Marie GEVERS, La mort de Max Elskamp, et la création de l’Œdipe de Gide, à Anvers le 10 décembre 1931, Bruxelles, Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, 1960, p. 6.

[5] Roger AVERMAETE, , o.c., p. 178.

[6] Antoine DORVILLE, Anvers, tout nu... Pamphlet, La Critique, Wilrijck-Anvers, 1931, p.99 .

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Published by ça ira!
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