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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 07:44

Dans les années vingt, Paul Joostens (1889-1960) et Michel Seuphor (1901-1999) s’entendaient comme larrons en foire. La correspondance publiée par Rik Sauwen en témoigne abondamment. Leur complicité s’était transformée en une haine tenace, de la part de Joostens, blessé à à mort par la publication d’Un Renouveau de la Peinture en Belgique Flamande (1942) de Seuphor. Des années durant, Joostens ruminera et commentera ce livre que Seuphor devait d’ailleurs renier implicitement

&

Le dimanche 27 octobre 1957, Michel Seuphor donne une conférence sur « Mondrian l’inactuel » au Musée des Beaux-arts d’Anvers. Le 23 octobre Joostens se fend d’une longue bordée d’injures à l’attention de « Nantje van ’t Slijkdorp » (le petit Fernand du village bourbeux, Borgerhout, faubourg d’Anvers où naquit Seuphor) qui traitera en « français belge hottentot » du

culturele versimpelaar of gelijkschakelaar in de vlakken mesuratie (…), die, in de Coupole-le Dôme te Parijs (…), de nachten doorbracht in woordkramerij van simplicatie tot nul. Dewelke woordkramerij van Mondriaan ofte de Piet nu en français (…) gepromoveerd wordt door Nantje van Borgerhout of Michel-Echelle de l’Euphorie de la Simplification jusqu’à Zéro de l’Abstrait en flacon Pietje Snot. J’espère que le dit Pietje Snot est enterré et je ne vois pas pourquoi tous les Koninklijke Musea de Belgien en der Nederlanden doivent se purger en vlakverdeeling. “Pietje Snot” sous les auspices de Nantje kust men klooten le Catholique de Paris… (…) Et en avant pour Pietje Snot par le peintre criticus d’Art, Lijntjestrekker… Stinkbollen zijn nog te goed om dat spook van de tweede verdieping St Laurent te tralalieren, qui, qui m’a foutu ce lascar (voir critique) la là-là, y suis ti Dada ou pas? [1]

 

Un essai de traduction donne :

 

Un certain Ferniculando della Fortissima Grattemoilecul est venu parler aux paltoquets et nègres à biceps du génie de la Montagne des Trois Petits Coqs… inventeur de la prolifération des Surfaces carrelées. Le balai du terrain vague (jeu de mots aux dépens du conservateur en chef du musée, Walther Vanbeselaere : bezem : balai ; laar : terrain vague) introducteur fut ravi de jouer le chat dans l'arbre et d’apprendre comment les ceux d'outre-Moerdijk (les hollandais) s’escriment à pisser d'une seule tasse de thé au Dôme et à la Coupole 8 1/2 du soir à 8 h du matin en récapitulant un paysage : “Ici, tu as la maison – plan rouge, là le châtaignier… violet. Et alors observons un peu “une nature morte” fleurs (œillets) dans le vase. Vase bleu en 2 plans ou des pavots tournesols deviennent des tourniquets escrocs… que le Vincent a bien arrangés, mais l'idiot s'est démonté une oreille avec un rasoir de Gauguin – Mesdames, Messieurs, il faut nettoyer le musée de ma ville natale, et se contenter d’un Piet du Mont de la Torgnole Creuse à Paris. 

 

Quelques jours plus tard, il reviendra à la charge :

 

Un certain Ferniculando della Fortissima Krabamagatska est venu parler aux paltoquets et nègres à biceps du génie Mont Drij Haantjespit inventeur du Tegeltjesvlak prolifikatie. Le bezem laar introducteur fut ravi de jouer le kat in de boom et d’apprendre comment les ceux de over te Moerdijk s’escriment à pisser d’un seul koppie thee au Dôme et à la Coupole 8 1/2 ½ du soir à 8 h du matin en récapitulant un paysage : “Daar heb je ‘t huis – vlak rood, daar de kastanjeboom… paars. Laten we nou eens effi kijken “een nature morte” bloemen (anjeliers) in de faas. Faas blauw 2 vlaks, of zonnepapaver worden zwendel tourniquets… heeft de Fisent wel gearrangeerd maar de zot heeft zich een oor afgemonteerd met een scheermes van Gauguin – Mesdames, Messieurs, il faut nettoyer le musée de ma ville natale, et se contenter d’un Piet Mont de Smijterjes Hol Paris.

 

Cette longue lettre Joostens à Neuhuys, 28 octobre 1957, est assez incohérente, de plus, les tentatives  du peintre de rendre le parler anversois d'abord, le parler hollandais ensuite, en rend la traduction difficile. Cela donne à peu près ceci :

 

Un certain Ferniculando della Fortissima Grattemoilecul est venu parler aux paltoquets et nègres à biceps du génie de la Montagne des Trois Petits Coqs… inventeur de la prolifération des Surfaces carrelées. Le balai du terrain vague (jeu de mots aux dépens du conservateur en chef du musée, Walther Vanbeselaere : bezem : balai ; laar : terrain vague) introducteur fut ravi de jouer le chat dans l'arbre et d’apprendre comment les ceux d'outre-Moerdijk (les hollandais) s’escriment à pisser d'une seule tasse de thé au Dôme et à la Coupole 8 1/2 du soir à 8 h du matin en récapitulant un paysage : “Ici, tu as la maison – plan rouge, là le châtaignier… violet. Et alors observons un peu “une nature morte” fleurs (œillets) dans le vase. Vase bleu en 2 plans ou des pavots tournesols deviennent des tourniquets escrocs… que le Vincent a bien arrangés, mais l'idiot s'est démonté une oreille avec un rasoir de Gauguin – Mesdames, Messieurs, il faut nettoyer le musée de ma ville natale, et se contenter d’un Piet du Mont de la Torgnole Creuse à Paris. 

 

Le lendemain, Joostens se fend d’un poème chaotique, qui reprend tous les thèmes déjà exploités dans ses diatribes antérieures. « O Fernandelo mio » y est traité de « général Abscons mirlitonné », de « chaudière ventriloque de ménopause posée en lapin non agile » et de « narciste linéaire ». Et Joostens note :

Le Dimanche 27 oct. à 11 h mon poepoes aux 4 pattes blanches a chipé un poulet au rez-de-chaussée » — c’est la date et l’heure de la conférence de Seuphor au Musée des Beaux-arts de sa ville natale… [2]

Henri-Floris JESPERS



[1] Lettre de P. Joostens à P. Neuhuys, 23 octobre 1957.

 

[2] Lettre de P. Joostens à P. Neuhuys, 29 octobre 1957.

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Published by ça ira!
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