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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 01:44


BruaeneFleur.jpg

Photographie d'Albert Van Loock prise devant le café La Fleur en Papier doré (55 rue des Alexiens 1000 Bruxelles) en mars 1953. De gauche à droite: Marcel Mariën, Camille Goemans, Gérard Van Bruaene, Irène Hamoir,  Georgette Magritte, E.L.T. Mesens, Louis Scutenaire, René Magritte et Paul Colinet. (© Albert Van Loock)

 

Connexion n°13 vient de paraître. L'achat de la revue à la pièce coûte 6 euros.
Abonnement pour 5 numéros: 30 euros ( à verser au compte 001-3244284-01).
Vous pouvez consulter la table des matières des Connexion précédents
à la rubrique sommaire
http://revueconnexion.over-blog.com/pages/Sommaire-400613.ht

 

Ayant fait le connaissance de Van Bruaene, Jan Walravens prend l’initiative de réunir la rédaction de Tijd en Mens à la Fleur de Papier doré, la première fois le 10 décembre 1949. Geert venait d’épouser Marie Cleren le 15 octobre, et il semblait bien avoir repris du poil de la bête.

Tijd en Mens, animée par Walravens, est la première revue littéraire de l’après-guerre à défendre et à propager implicitement un programme « moderne » sinon d’avant-garde. Cette  « revue de la nouvelle génération », qui paraît de septembre-octobre 1949 à juin 1955 (23 numéros en 19 livraisons), regroupera non seulement une pléiade d’écrivains flamands de premier plan (entre autres Albert Bontridder, Hugo Claus, Louis-Paul Boon et Marcel Wauters), mais également des écrivains Hollandais représentatifs de la poésie expérimentale dite « de 50 » (Hans Andreus, Gerrit Kouwenaar et Sybren Polet). [1] Tijd en Mens se réunira une seconde fois chez Van Bruaene le 26 juillet 1950.

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Évoquant la fin des années quarante, période noire s’il en fût dans son existence, Paul Neuhuys notera :

Poète crotté, je ne me sentais plus à l’aise qu’avec des copains comme le petit Gérard qui, souvent, m’était venu discrètement en aide en me disant : « Que veux-tu, mon pauvre vieux, notre pays se girouettise en pissotière à pignoufs ».[2]

Il est en correspondance avec Van Bruaene, qu’il connaissait depuis l’époque du Cabinet Maldoror. Il y est question de dépôt de livres, d’une gouache de Magritte, d’un pastel de Picasso et de deux petits Jan Cox (1919-1981). Bruaene déplore qu’il « ne puisse venir jusqu’ici » pour voir l’exposition Beeldens, qui « fait l’excellence de la peinture-peinture ».

C’est en 1949 que le peintre naïf bruxellois Albert Beeldens (1902-1962) brosse le portrait de Bruaene.[3] Ancien vitrier, il avait obtenu en 1935, tout comme Bruaene, le grand prix de l’Art populaire. Il participera à la troisième exposition triennale d’Art naïf de Bratislava (1966) et à l’Exposition internationale des peintres naïfs de Lugano (1973).

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Pour l’inauguration de sa nouvelle boutique, Le Diable par la queue, Van Bruaene organise du samedi 17 au mercredi 28 décembre une exposition de dessins et de peintures de son ami Jean Dubuffet (1901-1985), dont les œuvres avaient déjà été exposées à Paris et, en 1947, à New York. Témoignent de cette exposition, une belle affiche-invitation tirée en photolithographie, ainsi qu’un catalogue de huit pages, calligraphié et entièrement lithographié, avec trois lithographies de Dubuffet. Ce catalogue, baptisé « mémorial », mentionne explicitement que l’exposition a été organisée pour l’inauguration de la nouvelle « boutique » de Bruaene. Jan Walravens rapportera que les peintures de Dubuffet se vendaient à 8.000 F.[4]

Dans La Nation belge, Charles Bernard rapprochera Dubuffet de Klee, puis de Picasso et constate que l’artiste aboutit néanmoins à une création singulière, qui doit beaucoup à son manque d’intérêt pour les questions esthétiques. [5]

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Le Diable par la queue était situé au 12, rue de l’Homme-Chrétien ou Kerstenmannekenstraat à Bruxelles (aujourd’hui entièrement occupée par l’hôtel Royal Windsor),

une rue triste et abandonnée – près de la place Saint-Jean, à l’enseigne : « Gezottenvanapaiponmettegève ». [6]

 

La boutique sera rapidement rebaptisée L’agneau moustique. Une carte de visite signale : « Expositions. Local offert gracieusement ». Et sur la vitrine on peut lire : « Consignation ». Il y fera œuvre de pionnier en exposant des peintres congolais (entre autres les précurseurs Lubaki et Djilatendo).

Henri-Floris JESPERS

(Extrait du dossier sur Van Bruaene, publié dans Connexion, revue d’art et de littérature, no 13, mars 2008).



[1] À propos de Tijd en Mens, cf. la solide thèse de doctorat de Jos JOOSTEN, Feit en tussenkomst. Geschiedenis en opvattingen van Tijd en Mens (1949-1955), Nijmegen, Uitgeverij Vantilt, 1996.

[2] Paul NEUHUYS, Mémoires à dada, Bruxelles, Le Cri, 1996, p. 115.

[3] Collection privée, Bruxelles.

[4] Jan WALRAVENS, Jan  Biorix, Brugge, De Galge, 1964,  p. 201.

[5] Charles BERNARD, "Nous avons déjà conduit le lecteur à l'enseigne du Diable par la queue..." in La Nation Belge, Bruxelles, 27 décembre 1949.

[6] Translittération d’amateur du bruxellois: « Ge zaadt ervan a paip on Mette geive » : on en crèverait. Avec mes remerciements à Herman J. Claeys.

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Published by ça ira!
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