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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 08:06

Dans ses superbes mémoires, Marcel Mariën confesse avoir écoulé de fausses œuvres sous l’Occupation, et signale en détail les activités de faussaire de Magritte, son complice.[1] Virginie Devillez souligne une véritable industrie du faux sous l’Occupation à Bruxelles, et l’apparition  d’un nombre impressionnant de faux tableaux ». Elle rapporte une anecdote dont nous ne pouvons pas priver le lecteur. Fin décembre 1943 s’ouvre le procès d’un jeune faussaire qui avait apposé la signature d’Anto Carte sur une œuvre du peintre Gert Wolheim.

Van Bruaene est appelé à la barre comme témoin, « un ancien animateur de galeries d’avant-garde qui est également connu dans le milieu pour ses nombreuses expériences de faussaire ». L’œuvre en question de Wolheim avait été importée d’Allemagne par Van Bruaene lui-même (dont il fit d’ailleurs un portrait), et transitera par de nombreuses mains.

« Finalement, raconte Van Bruaene, « elle avait été cédée, il y a un an environ, au petit jeune homme ». Le témoin raconte qu’il avait voulu « initier » le faussaire, mais que celui-ci avait donné au tableau un « titre cochon » (La nourrice extravagante) et qu’il avait fait l’erreur d’apposer la signature d’Anto Carte « au bas d’une œuvre pareille ! » Tandis que Van Bruaene profitait de l’occasion pour réaffirmer sa foi dans l’art allemand dit « dégénéré », le procureur du Roi, « s’élevant avec force contre la vague de contrefaçon artistique qui déferle [...] sur le pays à l’occasion de l’enrichissement subit de nombreuses personnes rien que moins cultivées, réclama un exemple ». Le jeune faussaire fut ainsi condamné à quatre mois de prison.[2]

 

À l’occasion de l’exposition au Cabinet Maldoror en 1923, Ghelderode avait qualifié les œuvres de Wolheim de « productions macaques », le peintre étant « un des plus redoutables farceurs en la matière ».

Sauwen signale que Van Bruaene mit un ou quelques faux Permeke en circulation, affaire qui se termina devant le tribunal. Les dossiers de ce procès ont disparu dans l’incendie du Palais de Justice de Bruxelles, en septembre 1944.

Il rapporte également une autre anecdote typique :

Rachel Baes nous raconta qu’un jour Gérard, l’air embarrassé mais les yeux malicieux derrière ses grosse lunettes, lui tendit une oeuvre abstraite quelconque et demanda en hochant la tête : « Sincèrement, Rachel, est-ce que tu penses que j’oserais mettre la signature de Picasso là-dessous ? ».

 

Marc. Eemans et Marcel Lecomte m’ont rapporté au début des années soixante des histoires édifiantes du même type – mais il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches...

Henri-Floris JESPERS


[1] Marcel MARIEN, Le Radeau de la mémoire, édition pirate parce que complète, édition de l’auteur, Bruxelles, 1988, pp. 87-89

[2] Virginie DEVILLEZ,  Le retour à l’ordre. Art et politique en Belgique 1918-1945, Éditions Labor / Banque Dexia, Bruxelles, 2002, p. 195.

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Published by ça ira!
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