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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 04:38

Enfant de la bohème qui n’a jamais connu de lois sinon celles de l’ouvrage bien fait, Wannes van de Velde est un créateur protéiforme mais témoignant toujours d’une authenticité rare. Chanteur, musicien et homme de théâtre (dans De Reis naar Dux il évoque Paul Neuhuys), peintre et xylographe, poète et prosateur, traducteur de Michel de Ghelderode, il nous parle de ses années de formation sous un titre volontairement discret.

Fasciné par l’Espagne depuis l’enfance, il rencontre à l’Académie des Beaux-arts d’Anvers le guitariste qui deviendra son initiateur, c’est-à-dire celui qui transmet la tradition : Sabas Gomez y Marin. Avant de partir mourir à Carmona, le maître malade — la persona flamenca par excellence — l’incite à s’imprégner du travail des meilleurs : Ramon Montoya bien sûr, le grand Don Ramon, et Melchor de Marchena, accompagnateur de Pastora Pavon et de son époux Pepe Pinto et des meilleurs cantaores de son temps. Après un demi-siècle, le jeu de Wannes reste marqué au coin de cette école de Melchor de Marchena à laquelle Sabas appartenait.

Décrivant le café Andalucia, avenue de Stalingrad à Bruxelles, Wannes réveille et suscite ce spleen, cette douleur impuissante de la siguiriya, ce “blues européen d’un Orient oublié”.

 

Companera de mi alma

Mirame por Dios !

Con la limosna de tus ojos

Me alimento yo !

 

Compagne de mon âme

Regarde-moi au nom de Dieu !

Tiens-moi en vie

Avec l’aumône de tes yeux.

 

Wannes évoque avec chaleur son amitié virile avec José Aguilar y Lobato, originaire de Jerez de la Frontera, surnommé Chato, qui lui apprit dans les années soixante que le flamenco, loin d’être une configuration lyrique, se révèle surtout une façon de penser et surtout : d’être. Être, sans grandiloquence, avec un accent tonique sur “courage” : lucidité d’une volonté de vie consciente, combat avec la fatalité de nos limites — c’est-à-dire avec Madame la Mort. Mais où donc est sa victoire ? Car elle n’a pas le dernier mot : rien ne nous empêche de la chanter — et de telle manière que nous la vainquions, aussi longtemps que perdure le chant. Après le décès de sa femme, Chato s’en alla ouvrir un café marginal à Bruxelles, où régnait une ambiente andalouse combien plus intense — le “Chato de Jerez” dans les Marolles, “où les chiens sur le seuil, hurlaient à la lune”…

Clôturant ce livre témoignant d’une admirable économie de moyens, Wannes van de Velde nous confie que ce fut à Séville qu’il découvrit qu’une chanson de Maurice Maeterlinck recèle tous les éléments d’un cante por siguiriya, tant dans l’atmosphère que dans la structure :

 

On est venu dire,

                        (Mon enfant, j’ai peur)

On est venu dire,

                        Qu’il fallait partir…

Ma lampe allumée

(Mon enfant, j’ai peur)

Ma lampe allumée,

                        Me suis approchée…

À la première  porte,

                        (Mon enfant j’ai peur)

À la première porte,

                        La flamme a tremblé…

À la seconde porte,

(Mon enfant j’ai peur)

À la seconde porte,

                        La flamme a parlé…

À la troisième porte,

                        (Mon enfant, j’ai peur)

À la troisième porte,

                        La lumière est morte….

 

HFJ

 

Wannes VAN DE VELDE, Flamencoschetsen, Leuven, P, 2001, 44 p., ill., 15 €.

 

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Published by ça ira!
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