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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 09:12

Il est difficile de trouver des informations précises sur Geert van Bruaene (Courtrai 23 juin 1891 – Bruxelles 22 juillet 1964) et ses entreprises diverses. Compagnon de route des surréalistes bruxellois et de Cobra, auréolé de ses relations avec des icônes artistiques incontournables, de Paul van Ostaijen et René Magritte à Dubuffet et Hugo Claus, il était inévitable qu’une légende se fût créée autour de ce personnage truculent. Homme attachant mais roublard, esprit frondeur et volontiers mystificateur, provocateur par conviction et légèrement faussaire (tant par nécessité que par goût), il fut à sa manière un passeur discret (et distrait) entre les avant-gardes francophones et néerlandophones.

Sur bien des points concrets, les quelques textes qui concernent Van Bruaene sont sujet à caution et n’ont donc fait que renforcer les mythes qu’il s’était plu, non sans quelque malice, à forger et à entretenir. Le témoignage de Scutenaire, enregistré par Christian Bussy et reproduit dans le numéro 11-12 de Connexion, en est un bel exemple :

Que je dise tout de même que, à l’époque où tout le monde tenait ça pour des croûtes innommables, Gérard vendait les expressionnistes allemands, que c’est lui qui a répandu – on peut dire en Europe et, peut-être dans le monde, des gens comme Klee, comme Schwitters, comme Kokoschka, et quelques autres, et Arp probably aussi.

 

On retrouve le même type d’affirmations qui ne résistent pas à l’examen sous la plume de Jan Walravens[1], qui prit pour argent comptant toutes les déclarations de Van Bruaene, sculpteur certes de sa propre légende, mais victime surtout, à partir des années cinquante du siècle passé, de la ferveur de ses (nouveaux) amis, enthousiasme qu’il n’avait bien sûr aucune raison de refroidir.

&

Grâce à la réouverture de « La Fleur en Papier doré », reconvertie en centre culturel privé,  Van Bruaene est remis à l’ordre du jour. Victime de l’indigence des sources souvent contradictoires, l’un des initiateurs de cette heureuse initiative, l’historien Arnout Wouters, a diffusé un texte provisoire qu’il convient – amicus Plato, sed magis amica veritas – d’éclaircir sinon de rectifier sur un certain nombre de points, dans un esprit de critique positive.

Voici le passage introduisant Van Bruaene marchand d’art, que j’examinerai ensuite en détail :

Geert Van Bruaene était un personnage extrêmement pittoresque. Il était en premier lieu poète dadaïste et réalisateur de théâtre expressionniste, mais il était aussi marchand en œuvres d’art (avec des galeries telles que 'Le Cabinet Maldoror' en 1921 dans la rue Ravenstein, ‘Au Diable par la queue' (1949), 'l'Agneau Moustique', 'À la Vierge Poupine '(1925-1926)...), collectionneur de livres rares et patron de café. Cet avant-gardiste étonnant de la première heure était un ami d’enfance de Paul van Ostaijen.  Les deux ouvraient en octobre 1925 avec Camille Goemans la galerie 'À la Vierge poupine' dans la rue de Namur à Bruxelles. La galerie fermera ses portes en 1926. Ils y organisaient des expositions d’œuvres de peintres et de sculpteurs avec une renommée internationale, et Van Ostaijen y donnait des conférences sur l'art moderne et la poésie.



[1] Jan WALRAVENS, Jan Biorix, Brugge, De Galge, 1964, pp. 196-202. Repris dans: Jan WALRAVENS, Verzameld proza. Ingeleid door Louis Paul Boon, Amsterdam / Brussel, Paris / Manteau, 1971, pp.693-699.

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Published by ça ira!
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