Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 07:40

 

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Donner de l'espoir à caux qui n'en ont pas, donner une voix à ceux qu'on a réduit au silence, inspirer de la confiance à ceux qui en manquent, défendre la dignité de chacun et constamment, sans cesse, dénoncer les abus de pouvoir et les injustices, quelles que soient leurs couleurs politiques. Et veiller à ne pas écrire des romans qui existent déjà : à quoi bon réinventer le roue ? Offrir aux lecteurs, en les aidant à exercer leur imagination, une étincelle d'espoir, même en racontant les pires horreurs et crimes commis par les êtres humains.

Mais, à mon avis, ce qui ne relève pas du rôle de l'écrivain, c'est de se poser en expert des affaires humaines de toutes sortes, de se prononcer sur toutes les questions de société et de politique, de se croire au-dessus des autres et du lot. Si un écrivain a réussi, cela signifie que ses livres, son univers et ses personnages sont plus intéressants et fascinants que sa vie d'homme. C'est Don Quichotte, Hamlet et d'Artagnan qui nous aident à vivre, pas Cervantès, Shakespeare ou Dumas.

(Propos recueillis par François Busnel)

 

Lire, Le Guide des littératures nordiques, no 393, mars 2011. Édition Express / Roularta. En librairie, 5,90 €.

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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 23:36

 

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Ex-libris d'Edgar Tant, gravé par J. Verwest

La Bibliothèque de l'Université de Gand conserve un exemplaire d'une plaquette de vingt et une pages tirée à soixante exemplaires numérotés, intitulée LES DERNIERS OUVRAGES / d'EDGAR TANT / par cinq auteurs différents (1946). Alléché par le titre quelque peu énigmatique de cet opuscule, et dans l'espoir d'y trouver enfin de plus amples informations sur ce personnage effacé, je m'étais résolu à faire le déplacement vers la citée comtale. L'acteur et metteur en scène Dries Vanhegen m'a heureusement épargné cette démarche (voir le blogue du 11 mars).

Non mise en librairie mais témoignant de la naïveté mâtinée de vanité d'un écrivain aux espoirs frustrés, cette brochure reproduit huit lettres adressées à Edgar Tant en remerciement de l'envoi de ses derniers ouvrages, à savoir: Sérénité(1945, cf.le blogue du 11 mars) et Un grand poète : Iwan Gilkin(1945).

La table des matières souligne à souhait les éminentes qualités des cinq épistoliers: Victor Rousseau, statuaire, membre de l'Académie royale de Belgique; Charles Desbonnets, poète, auteur dramatique, critique littéraire et dramatique, membre de l'Association des Écrivains de belges; Georges Soyer, romancier, essayiste, critique littéraire, membre de l'Association des Écrivains belges; Adèle Durieux, poète, auteur dramatique, romancière et Alex Pasquier, romancier, critique littéraire, essayiste, Secrétaire Général de l'Association des Écrivains belges; toute qualités étalées avec respect et force majuscules par Tant, architecte de cet opuscule...

Enrobées de formules de politesse, ces missives ne nous apprennent pas grand chose – si ce n'est sur le modeste réseau d'Edgar Tant.

Victor Rousseau remercie l'auteur

pour l'envoi de [la] plaquette Sérénité, si élégamment présentée, où s'inscrivent quelques courts poèmes, substantiels d'un sentiment apaisé, d'une philosophie qui fait belle la part du Poète, loin de la vie agitée des cités bruyantes.

La Poésie ne peut surgir d'ailleurs qu'à ce renoncement. Elle conduit à la noble simplicité, disant par un cri, une détresse ou une grande joie, l'essentiel de l'inspiration du Poète, dont le soufffrance se mue en Sérénité.

Le 13 mai 1945, Charles Desbonnets remercie Tant de son 'petit dernier'.

Vous êtes demeuré calme et serein au cours de cette grande tourmente, vous avez pu écrire ces jolis vers que vous venez de publier, en un moment où l'édition s'avère quasi impossible. Bravo, bravo, mon cher Poète. La lecture de Sérénité, n'a fait naître qu'un regret en moi, c'est qu'elle fut trop brève... J'ajoute tout de suite qu'en l'occurence, ce n'est que la qualité qui importe. Bien de gros recueils ne m'ont pas donné le vlf plaisir que m'a procuré le votre (sic).

Georges Soyer cite les poèmes de Tant dans une lettre dont je parlerai peut-être dans une prochaine édition.

Je n'arrive pas à mettre la main sur l'essai de Tant consacré à Iwan Gilkin, un in-duodecimo de cinquante-cinq page imprimé sur les presses de Louis Vanmelle à Gand. Victor Rousseau, qui a très bien connu Iwan Gilkin, estime qu'Edgar Tant a fait œuvre pie en remettant cet homme 'charmant et simple' à l'honneur.

C'est vrai, on se demande pourquoi un tel écrivain est resté jusqu'ici dans l'ombre. Ce cas n'est pas rare, c'est même, je pense, le signe avant-coureur d'un futur réveil. De très grands écrivains en France, n'ont-ils pas mis plusieurs générations à sortir de l'oubli ?

Georges Soyer attendait, 'non sans appréhensions', l'étude sur Iwan Gilkin annonçée par Tant – 'le sujet est difficile et complexe'. Après avoir passé deux soirées à lire attentivement l'analyse 'serrée et subtile' de Tant, il constate toutefois que le Gantois témoigne 'd'une compréhension entière de ce paradoxal et presque génial littérateur et poète que fut notre Iwan Gilkin'.

Et cette nouvelle manifestation de votre activité littéraire nous découvre un aspect fort séduisant de votre œuvre : l'analyse impartiale et intelligente, fine et éclairée.

Il est piquant aussi de voir un poète de Sérénité, vivant dans la paix bienfaisante de cet oasis d'intellectualité qui est Laethem-Saint-Martin, analyser si parfaitement le grand inquiet que fut notre Gilkin.

Soyer saisit surtout l'occasion pour développer sa propre vision sur 'la personnalité littéraire et exceptionnelle de Gilkin.

Adèle Durieux-Gillet constate que la prose de Tant 'enchâsse avec infiniment de précision et de charme' les vers d'Iwan Gilkin.

Quant à Alex Pasquier, il se fend de la traditionnelle lettre de circonstance :

Mon Cher Confrère,

Votre élégante et compréhensive étude sur Iwan Gilkin m'a causé une grande joie. Je vous en remercie vivement. C'est un document très complet et de première valeur, qui me sera utile, je n'en doute pas.

Toutes mes félicitations et vœux de bonne santé.

*

Quelle ne fut pas ma déception ! Ces huit lettres m'en apprennent plus sur les scripteurs que sur le destinataire, si ce n'est que ce dernier y attachait assez d'importance pour les publier à ses dépens...

*

Complétons déjà la bibliographie de Tant par deux publications que je n'ai pas encore consultées:

L'année poétique belge. Préface de Madame la Comtesse de Noailles. Trois sonnets d'Edgar Tant, précédés d'une notice bio-bibliographique, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1924.

Quelqiues remèdes populaires tirés des simples. Folklore médical (Gand, Louis van Melle, s.d.)

Entre temps se dessinent de nouvelles pistes de recherche...

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 05:33

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Edgar Tant

A toutes fins utiles et sans me faire des d'illusions, je publie mercredi un avis de recherche concernant le poète gantois Edgar Tant. Le lendemain, je feuillette page à page un exemplaire de Sérénité...

Je dois ce privilège à l'acteur et metteur en scène Dries Vanhegen, un ami de longue date avec qui j'avais jeudi un entretien sur le spectacle qu'il prépare dans le cadre de l'année Maeterlinck.

D'emblée, il me rend scrupuleusement la petite pile de livres que je lui avait prêtée. Puis, sans mot dire, avec des gestes de prestidigitateur, il me sort de sa serviette une à une quelques plaquettes rarissimes d'Edgar Tant, dont Sérénité, treize quatrains publiés en 1945, un grand format oblong in 4° coquille tiré à soixante exemplaires sur les presses de la société anonyme Louis Vamelle à Gand.

Voici, à l'attention des bibliophiles et des curieux, la description de cet élégant volume:

Edgar Tant, Sérénité, [Gand, L. Vanmelle, 1945, 19 p.]

Édition originale de luxe pour bibliophiles. Grand format oblong in 4° coquille : 21 x 57 cm. Couverture, encadrements, lettrines et ornementations en couleur à chaque page conçus et esquissés par l'auteur, dessinés et gravés par le Peintre Jules Verwest. Tirage non mis en librairie, limité en tout à soixante exemplaires : dix exemplaires sur papier de Hollande à la cuve et à la forme Van Gelder Zonen, sur doubles feuilles imprimées sur une face, numérotés de 1 à 10, revêtus de la signature autographe de l'auteur; 50 exemplaires sur papier édition, numérotés de 11 à 60.

*

Des presses de / l'Imprimerie / LOUIS VANMELLE, S.A. / à Gand, / l'an mil-neuf-cent-quarante-cinq.

TantSerenite.jpg

Sérénité

Injustement négligé, Jules Verwest (1883-1957), professeur à l'Académie de Courtrai (1931) est un peintre somme toute attachant.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 19:53

 

Le poète et dramaturge gantois Edgar Tant (1889-1963) semble bien tombé dans l'oubli le plus opaque. Les catalogues des bibliothèques belges, de la Bibliothèque Nationale (Paris) et de la British Library (Londres) recensent plus de trente-cinq titres. Nulle trace de cet écrivain dans les ouvrages de références et un manque quasi total de littérature secondaire, si ce n'est une plaquette illustrée de 21 pages, Les derniers ouvrages d'Edgar Tant / par cinq auteurs différents: Victor Rousseau, Alex Pasquier, Charles Desbonnets, Georges Soyer et Adèle Durieux-Gillet (Gand, Van Melle, 1946), que je n'ai pas encore consultée. Il en est de même d'une traduction que seule la Bibliothèque de l'Université de Gand conserve, dont voici la fiche signalétique:

Tant (Edgar) V. Croin (C.C.A.), La Nationalité belge. Lettre-préface de Henri Pirenne. Traduit du Hollandais. Gand, L. Vanmelle, 1932, 8°, 49 p.

Je me recommande vivement auprès de mes lecteurs : tout renseignement bibliographique et / ou biographique sera accueilli avec gratitude.

Henri-Floris JESPERS

hfj@skynet.be


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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 06:01

 

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Dirk van Bastelaere (°1960) fait figure de poète emblématique de la postmodernité en Flandre. Daniel Cunin présente avec brio en traduction du néerlandais une anthologie composée par les soins du poète. Regroupés en séries, les poèmes de Van Bastelaere se réfèrent au cinéma hollywoodien, à la peinture contemporaine, aux standards du rock, mais aussi, ce qui est plus inattendu, aux figures de la piété christique.

Van Bastelaere a fait paraître une dizaine de recueils et a reçu plusieurs prix littéraires. Il s'affirme également comme théoricien et n'hésite donc pas de compléter cette anthologie par un essai usant notamment des écrits et des concepts de Jacques Lacan, de Roland Barthes et de Julia Kristeva.

Traducteur émérite, Daniel Cunin est détenteur de deux DEA, l'un en Droit (Aix-en-Provence), l'autre en Études germaniques (Paris IV-Sorbonne). Il a enseigné le néerlandais et a été chargé de cours de traduction littéraire à la Sorbonne-Paris IV, département de néerlandais. Cunin a traduit de nombreux romans, chez Gallimard, Actes-Sud, Héloïse d'Ormesson et Le Rouergue.

Dirk VAN BASTELAERE, Splash!, Paris, Les Petits Matins, 185 p., 12 €. ISBN 978-2-915-876987-2.

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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 08:03

 

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Phantomas 68-72. En couverture: dessin de Raould Hausmann, 1966

Mes travaux sur Paul Neuhuys et Marcel Lecomte m'amènent à consulter la livraison 68-72 de Phantomas, datant de mai 1967. J'y retrouve les textes de Marcel Broodthaers, de Joseph Noiret, de Marcel et Gabriel Piqueray, de Jacques Meuris, de François Jacqmin, de Pierre Puttemans, de Théodore Koenig, de Sergio Dangelo et de Jean Dypréau à la mémoire de Lecomte, décédé le 19 novembre 1966.

Au lieu de me contenter de transcrire la citation qui me hantait, je me livre sans vergogne au vice impuni. J'y relis donc, dans la rubrique 'Aristarkophilies', des notes de lecture qui, avec une distance de plus de quatre décennies, réveillent en moi de nombreux souvenirs. J'y découvre surtout un articulet de Théodore Koenig (1922-1997), chroniqueur obstiné, consacré aux plus belles pages de Saint-Pol-Roux, parues au Mercure de France (Paris, 1966, ix-xxv, 296 p.) avec une introduction d'Alain Jouffroy (°1928). En 1967 je ne connaissais que vaguement “le Magnifique”, grâce à l'anthologie de Ad. Van Bever et Paul Léautaud, Poètes d'aujourd'hui (Mercure de France, Paris, 1917) et, bien sûr, par les manifestes du surréalisme d'André Breton, que j'avais lus en janvier 1963 dans cette belle édition à couverture orange parue chez Jean-Jacques Pauvert.

Quoi qu'il en soit, je n'avais plus mémoire d'un texte de Koenig sur Saint-Pol-Roux, raison de plus de le republier ici intégralement.

*

Voici reprises, faut-il le redire, les plus belles pages du grand poète qui, du haut de la tour de son manoir, inondait discrètement la France de ses écrits. La France noyée, mais de façon fort mesurée, car ce n'est pas parce que la plus grande partie des poèmes de Saint-Pol-Roux a vu le jour au Mercure de France qu'on l'a beaucoup apprécié de son vivant. Une manière de cabbale, un fichu destin, les injustices du silence. De ce silence qui, à la longue, finit par en dire trop, qu'il faut bien que la consigne du mutisme embouche les trompettes que l'on sait. Ah ! que les imbéciles encore vivants devraient en vouloir à cette satanée taciturnité ! Preuve qu'à cette époque la France était bourrée de niais dans le milieu de la critique et des lettres. Car il faut lire pour se démontrer cette assertion, il faut lire ce qu'alors on devait trouver inintéressant ! Celui qui a écrit « l'imagination, c'est la moisson avant les semailles » va peut-être enfin conquérir d'innombrables lecteurs ? Mais qui sait ? cher Saint-Pol-Roux sera-ce prouvé ? Voilà donc de ce poète frais comme la fraîcheur elle-même, des lignes et des poèmes, voilà un de ces hommes que tout pays civilisé devrait souhaiter voir naître plus nombreux par siècle. Un véritable artiste qui ne vécut que pour son œuvre, horripilé par la truanderie des capitales. Un solitaire inspiré dont l'œuvre, suite à des machinations comme en connaissent encore trop d'authentiques artistes contemporains, est resté dans l'ombre. La préface d'Alain Jouffroy aide dans toute l'acception du terme à l'accès de ce temple dont il s'agirait d'urgence de franchir les marches.

*

Le Bulletin de la Société des Amis de Saint-Pol-Roux, exhibant une couverture ivoire, qui est la couleur des beaux papiers qui veillissent bien, se propose de réunir, dans chacune de ses livraisons, des documents (iconographiques, bibliographiques) rares ou inédits, éclairant un aspect de la vie ou de l'œuvre du poète. À terme, cette publication constituera donc une intéressante source d'informations pour les curieux, chercheurs, amateurs de littérature symboliste, fini & antéséculaire, et d'abord à destination de tous ceux que la poésie de Saint-Pol-Roux bouleverse ou, simplement, ne laisse pas indifférent.

La Société des Amis de Saint-Pol-Roux est animée par l'infatigable Mikhaël Lugan qui publie le résultat de ses recherches érudites non seulement dans le Bulletin, mais également sur l'excellent blog Les Féeries intérieures.

Mikhaël Lugan

33, rue Montpensier

64000 Pau

harcoland@gmail.com

www.lesfeeriesinterieures.blogspot.com

HFJ

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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 18:35

 

La collection Espace Nord est désormais propriété de la Communauté française (voir le blogue du 30 décembre). Jean-Luc Outers, le directeur du service de Livre de la Communauté, souligne que le gouvernement a lancé une opération de sauvetage de cette collection de poche pour la mettre à l'abri des spéculateurs, évitant ainsi qu'un éditeur reprenne les titres les plus rentables et laisse ainsi disparaître le reste du catalogue de cette impressionnante collection dans laquelle le gouvernement a investi deux millions d'euros en trente ans.

Parmi les titres les moins rentables, signalons ici l'anthologie On a bon dire (1984), poèmes de Paul Neuhuys, avec une préface d'Eddy Devolder et une lecture attentive de Paul Émond.

Neuhuys.Boudens.jpg Luc BOUDENS, Portrait de Paul Neuhuys (linogravure, 2000), d'après un dessin de FlorisJespers (1923)

 

Noces d’or de la Saint-Sylvestre

sur la tombe déserte

que balaie aveuglément le vent

 

Dans l’espace intérieur

sans distance ni durée

je sens que mes sens n’ont plus de sens

 

Mettre la tête à la fenêtre

et regarder gens de partout

les moins que rien les plus que tout

naître connaître et disparaître

NeuhuysOn-a-beau.jpg

Paul NEUHUYS

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Jeudi 30 décembre 2010 4 30 /12 /Déc /2010 16:19

 

espaceNord.jpg

Le jeudi 23 décembre, la ministre de la Culture, Fadila Laanan (PS) a fait adopter par le gouvernement de la Communauté française, la convention de cession du catalogue de la collection Espace Nord par la SA Tournesol Conseils à la Communauté française. Tournesol Conseils ne souhaitant en effet plus poursuivre l’édition de la collection.

Tournesol Conseils, la structure fondée par Luc Pire en 1991, a introduit une demande en réorganisation judiciaire. Le groupe RTL, entré dans le capital en 2005, avait racheté la totalité de la société en février 2010. La chaîne l'avait ensuite revendue en juin dernier à l'homme d'affaires Alain Van Gelderen, administrateur-délégué de De Rouck Geomatics.
La structure abrite les éditions du "Grand Miroir", "Renaissance du Livre" et tout le pôle littérature de "Labor".

La Collection Espace Nord fut créée au début des années 80 afin de republier en format poche le patrimoine littéraire belge francophone devenu indisponible. Au départ, une convention avait été conclue entre le Ministère de la Culture et les Editions Labor pour la publication annuelle d’une dizaine de titres. À ce jour, la collection Espace Nord, unanimement reconnue pour sa qualité, compte 300 titres à son catalogue. Par le biais de convention avec les propriétaires successifs d’Espace Nord, pour soutenir la publication de nouveaux titres et la réédition de titres épuisés, la Communauté française y a déjà investi deux millions d’euros sur trente ans.

Si la Collection Espace Nord est passée, durant son existence, dans les mains d’entrepreneurs ou d’entreprises différents, la Communauté française a toujours veillé à soutenir cette collection et à en assurer la pérennité. C’est encore le cas aujourd’hui, puisque le Gouvernement a décidé de procéder à l’acquisition des activités éditoriales relatives à la Collection. Ce qui inclut les marques, enseignes, appellations, noms de domaines ; les stocks d’ouvrages en possession de la SA Tournesol Conseils (environ 180.000) ; les contrats d’auteur ; le matériel éditorial, les documents administratifs et les archives ; les maquettes des ouvrages, textes, épreuves, catalogues, documents promotionnels, bases de données sur tous supports.

Un budget de 150.000 euros a été affecté à cette acquisition. La cession sera effective le 1er avril 2011.

Le gouvernement a par ailleurs chargé l’administration de formuler à bref délai des propositions concrètes quant à la poursuite de l’activité éditoriale, propositions qui devront allier édition papier et édition numérique, dans le cadre de l’action menée par la Communauté française sur la numérisation du patrimoine.

La ministre Laanan a chargé son administration de formuler rapidement des propositions concrètes pour la poursuite de l’activité éditoriale, alliant édition papier et édition numérique.

« À partir du moment où la Renaissance du livre se désengageait de l’édition littéraire pour se recentrer sur d’autres domaines, il y avait un vrai risque que la collection soit revendue, en France, par exemple, et dissoute dans une collection de poche, explique Jean-Luc Outers, le directeur du service du Livre de la Communauté française. L’éditeur aurait repris les titres les plus rentables et le reste du catalogue aurait disparu. Le gouvernement a donc lancé une opération de sauvetage de la collection, pour la mettre à l’abri des spéculateurs, dans une optique de service public ».

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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 20:03

 

MONDRIAN.jpg

Le Centre Pompidou consacre une exposition inédite aux parcours croisés du mouvement De Stijl et de Piet Mondrian. Cette rétrospective événement est la toute première, en France, à éclairer ce moment clé de l’histoire de l’art du 20e siècle.
“Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d’exprimer avec la plus grande conscience la beauté générale” écrivait Piet Mondrian en 1914.
Le mouvement De Stijl (Le Style) est l’un des plus féconds de la modernité européenne. Il propose un art total qui synthétise, dès la fin des années 1900 et dans les années 1920, une vision esthétique et sociale. De Stijl constitue une base pour comprendre les sources de l’art moderne. À Paris, entre 1912 et 1938, Mondrian, acteur de cette avant-garde, met en place une « nouvelle plastique abstraite » avec Theo Van Doesburg et Gerrit Rietveld, les autres figures centrales de ce mouvement transdisciplinaire qui aborde la peinture, la sculpture, l’urbanisme, l’architecture, la conception de mobilier et le graphisme.
Cette entreprise radicale révolutionnera la peinture et l’art. 

CENTRE POMPIDOU, PARIS
Exposition ouverte tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi
Tarif : 12 €
Tarif réduit : 9 €
Valable le jour même pour des expositions présentées au Centre Pompidou.
Billet imprimable à domicile http://www.centrepompidou.fr
Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau

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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 18:41

J'ai mal au cœur et mon pays n'est nulle part.

Miné par le cancer du pancréas, terrassé par une crise cardiaque, l'homme de théâtre Henri Ronse (°Ostende, 10 mai 1946) est décédé dimanche matin vers 7 heures dans sa maison de Fermaincourt. Il venait de passer une nuit entière à lire des textes de poètes. Henri vivait en Normandie depuis treize ans, loin des cités qui le virent triompher.

Ronse2.jpg

«Il s’en est allé en pleine possession de son énergie, luttant de toute ses forces intellectuelles et mentales», notait hier Marie Poumarat, compagne de toutes les promenades artistiques de la Caravane des Poètes qu’ils avaient créée tous les deux.

*

Le communiqué diffusé par ses proches souligne surtout les activités récentes de cet homme de culture, dont le flamboiement effacé n'avait d'égal que l'érudition précise et discrète.

Henri Ronse nous a quittés le 12 décembre 2010. Metteur en scène de théâtre et d'opéra, écrivain (Miettes de mémoire, éditions du Nil), créateur du théâtre Oblique à Paris et de la revue Obliquesavec Roger Borderie, il avait fondé, il y a une dizaine d'années, la Caravane des Poètes en région Centre en compagnie de la comédienne Marie Poumarat.
C'est lui aussi qui avait initié le Salon international de l'édition - et de la revue - de poésie qui avait lieu chaque année début juin, à Nohant, dans les jardins de la maison de George Sand.
Il préparait l'ouverture de la Maison européenne de la Poésie en pays de George Sand au Prieuré du Magny, dans l'Indre, à laquelle il a consacré ses dernières forces.
« On est tous éphémères, mais je le suis un peu plus que les autres », a-t-il dit deux jours avant de mourir et c'est sans doute cette conscience-là qui lui a permis jusqu'à la dernière minute, de conduire des projets au-delà de lui-même.”

Avant son incinération vendredi dans le Loiret, à Saran (1251, rue Pinelin), un salut final sera rendu à Henri Ronse par de nombreux comédiens. Ses cendres seront ensuite dispersées dans les nombreux lieux où lui et ses comédiens ont transmis à un public parfois improbable les chefs-d’œuvre de la poésie et de la littérature française.

*

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication à rendu hommage à Henri Ronse “magnifique artiste aux deux cultures, belge et française, et aux multiples visages”.

J'apprends avec une profonde tristesse la disparition de Henri Ronse. Il était de ces êtres complets capables d’habiter des imaginaires culturels très différents, aussi à l’aise avec les classiques qu’avec ses contemporains, avec le beau qu’avec l’utile. Que n’a-t-il pas accompli entre 1960 à 1980, entre Paris et Bruxelles, sur la scène culturelle ! Que ce soit au théâtre et à l’opéra comme metteur en scène d’une incroyable prolixité, comme homme de radio, ou encore comme éditeur de poésie. C’était un bâtisseur, un homme d’utopies mais aussi de terrain, qui avait à cœur de donner des fondations solides à la culture, tels que le théâtre Oblique à Paris, ou la Caravane des Poètes en région Centre. Son œuvre profondément poétique et engagée lui survivra.”

*

La Libre Belgique, Le Soir, Libération, Le Figaro, L'Express, La Tribune de Genèveet jusqu'à la Gazette des Belges de Montréal et du Québec ont rendu hommage à cet éminent homme de théâtre, à cet ami intime dont je garde un souvenir prondément ému et qui fut quelques années durant bien plus qu'un compagnon de route incontournable, un complice dont la subtilité relevait de la gaya scienza.

 

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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