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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 17:00

 

L’écran blanc troue les ténèbres

On entend le battement précipité d’une paupière

Un mouvement agite le public

comme un dormeur qui se retourne dans son lit

pour chasser son rêve

Miracle

le pain se coupe lui-même en tartines

Un monsieur rit comme une petite folle

L’Assassinat de la Danseuse

Une jeune fille pleure comme une vieille bête

Cyclone en Californie

Le film emprunte à la lumière

sa vitesse incorruptible

pour entrouvrir sur l’inconnu

une lucarne féerique

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 15:00

 

Un joli fleuve peint en vert

de déroule devant Anvers

 

L’ara se perche, ébouriffé,

à la terrasse d’un café

 

Un marin, les mains dans les poches,

se mire dans la fontaine proche

 

Son père était de Chicago

il y vendait des escargots

 

L’enfant grandit sur l’océan

à bord d’un navire géant

 

Il rencontra, lors d’une escale,

une princesse du Bengale

 

Ce souvenir lui mord le cœur

comme le cri du remorqueur

 

Depuis, il traîne sur la terre

un amour que rien ne peut taire

 

Il est revenu de Moscou

un mouchoir rouge autour du cou

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 05:14

 

Accordéon, Cheptel, Hippocampe, Banquise

Ô mots tirés en l’air comme des coups de feu

Chacun vient à son tour sur la terre conquise

Renouveler du sort l’inépuisable jeu

 

En vain te pares-tu d’un cœur artificiel

Dans le miroir d’argent nage une nuque blonde

Rien ne peut déranger le système du ciel

Et le clown désolé fait rire tout le monde

 

Fusez, rires d’enfants; coulez, larmes de mère

La jonque de l’amour chavire entre les fleurs

Dieu regarde s’ouvrir les tombes éphémères

Et naître des saisons l’éternelle fraîcheur

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 05:07

 

Nicolas Pauvoiseau naquit en 1900

d’une mère wallonne et d’un père flamand

A six ans, cet enfant était si maladroit

qu’en mangeant sa tartine il se mordait les doigts

Sur les bancs de l’école il rencontra Félix

Félix qui de sa brève existence fut l’x

Nicolas se voua dès son jeune âge aux lettres

pensant qu’écrire était sa seule raison d’être

A vingt ans il coucha avec l’une des filles

d’un professeur d’Histoire et de Géographie

Elle était laide mais il la trouvait si belle

qu’il ne l’appelait pas autrement que Cybèle

Les parents s’en étant occupés, leur idylle

se termina par des larmes de crocodile

et tandis qu’il passait ses vacances à La Haye

Nicolas épousa sa cousine Aglaë

Dès qu’il fut en ménage, il comprit que la femme

ne peut suffire à étancher la soif de l’âme

Il partit pour Paris et retrouva Félix

qui de ses cendres renaissait comme un phénix

Ensemble ils rêvaient de leur enfance passée

n’ayant pour dormir qu’une armoire renversée

Félix s’enivrait jusqu’à rouler sous la table

Bref c’était devenu un être insupportable

Un jour il déclara, dédaigneux de Paris

qu’il voulait devenir roi nègre et disparut

Nicolas resta seul. Être ou ne pas être

le froid entrait par les interstices de la fenêtre

Il avait publié un receuil:‘Dernier cri’

que l’on se plut à reconnaître bien écrit

Gloire et amour lui avaient souri un instant...

il se donna à la mort à l’âge de trente ans.

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 15:52

Le numéro 7/8 (Hiver 1956) de Phantomas propose une panorama restreint de l'art naïf. « Hormis quelques textes nettement littéraires, nos amis donnent des écrits plus proches des arts et de la peinture » consigne Théodore Kœnig (1922-1996) dans cette chatoyante Histoire de la peinture chez Phantomas (Bruxelles, éditions Lebeer-Hossmann, 1990, 501 p.) que l'on ne peut consulter qu'avec un plaisir à chaque fois renouvelé.

PeinturePhantomas.jpg

Les contributions de Kœnig et d'André Blavier, de Jean Dypréau, de Marcel Havrenne et d' Anatole Jakowsky n'ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur acuité.

Gérard Van Bruaene, dont l'intérêt pour la peinture naïve datait des années folles du Cabinet Maldoror et de la Vierge poupine, « poète-philosophe, homme rare qui tint le bistrot 'La fleur en papier doré', lieu de maintes de nos rencontres, vendait aussi des tableaux et signe Peinture et framboise. »

Estimant son texte caviardé par la rédaction de Phantomas, Van Bruaene publie un tract dont je reproduis scrupuleusement le texte. Les enculeurs de mouches pourront s'amuser à relever les variantes.

Van Bruaene y fait allusion à Georges Bataille : « Le mot silence est encore du bruit » (L’Expérience intérieure , Gallimard, 1943).

HFJ

BruaeneNaif1.jpg

Quant à l'Intelligence, les innocents s'entendent entre eux. Gloire à la peinture naïve, sauvage et psychiatrique.

 

Dans son dernier numéro, le périodique Phantômas a mutilé mon petit texte, vers la compréhension de comune raison et Vertueusement sociale.

 

La première partie de ce texte a été estimée, je pense, au-dessous de la lucidité des hommes instruits ne croyant pas qu'il peut être possible de penser respectueusement au Noble Virgile, à son amour, à son intelligence, admis cependant.

 

À quelle scène plate veut-on me réduire quand j'écris « fêter son petit Virgile » ?

 

Alors, pour me consoler, j'ai résolu de faire suivre le petit texte intégral, signé Zérar le bricoleur et non pas Le Petit Gérard.

 

L'explication n'échappe pas au raisonnement.

 

Malgré cette sentence qui nous est chère, je crois devoir expliquer la première partie du petit texte que le Comité de Lecture de Phantômas a supprimée.

 

I.- Regarde le bien (avant l'effacement) – le Vieil enfant (l'enfant sentimentalement expérimenté avant même la naissance) – à fêter son petit Virgile (rendre un pastoral hommage au Noble Virgile, à son amour, à son intelligence) – de sa réjouissante nature sénile (de sa réjouissante nature sénile).

BruaeneNaif2jpg.jpg

I.- Regarde le bien, le Vieil enfant, à fêter son petit Virgile, de sa réjouissante nature sénile.

 

II.- Facette du Silence

 

Je visitais une admirable exposition de peinture naïve, sauvage et psychiatrique. Une présentation de tableaux faite de bonne foi. Le panneau d'honneur, en signe de haute décoration, offrait aux grands yeux du cœur et du cerveau, le mot « Silence », peint à-même le mur de chaux.

 

Un professeur d'Université, critique d'art, a très sincèrement demandé au misérable type curieux qui se promenait p armi les choses exposées, – sans doute un apôtre des douces folies , – ayant appelé cette fête, admissible seulement “hors-commerce,” “Petite foire aux Tableaux, d'Esprit sentimental, ainsi Monsieur le Critique d'Art avait-il demandé, très poliment et de distinction au petit bonhomme, comme un lettré de la direction du Grand Cirque peut s'adresser au garçon de piste, je pense, je ne sais pas si je 'exprime bien, de lui expliquer la présence de ce mot « Silence »?

 

Le bonhomme lui a répondu de nature : “Monsieur le Critique d'Art, je ne pourrais pas vous l'expliquer sans parler.” Aussi l'a-t-on crapuleusement traité, le petit  type.

 

Il y avait de quoi.

 

III.- Pour la postérité.

 

Je possède un joli petit tableau de la famille universelle les petits maîtres du tableautin.

 

L'objet en est une adorable danseuse miniature à l'orientale fantaisie parisienne harem genre Abdul-Hamid peint à la bouche à la confiture de groseilles de framboises et de myrtilles. Joli et rare.

Zérar le bricoleur

15-XI-56/29-XII-56

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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 23:21

 

Geert van Bruaene, Gérard van Bruaene, Le petit Gérard, Gédéon la Crapule, Gérard le Brocanteur, Henri de Lagardère et Gérard l’Absolu. Nous avons eu Gérard et le cinématographe au Cabinet Maldoror et à L'Agneau moustique, voici Zérar le musicien à la Fleur en papier doré.

 

ZerarMusicien.jpg

Publicité à ne pas en croire ses yeux.

______

 

En fait de grands concerts de musiques, je préfère les concerts cucus offerts les mardi et vendredi soir à « La Fleur en Papier Doré » 55, rue des Alexiens.

 

Parmi les collages à la carte-fantaisie. on peut voir des petits textes sérieux et encourageants :

 

«Les clients peuvent prêter leurs disques préférés à' la bonne réussite des concerts cucus » .

 

«Ainsi, par étude, les disques tournent-ils sans brusquer l'intention passionnelle du compositeur célèbre de musique».

 

«Le bien-faire à éplucher l'oignon émeut jusques aux chaudes larmes, en musique pure, sans violence »,

 

Zérar le musicien.

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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 05:23

 

Et voici, pour la bonne bouche, deux tracts à ma connaissance inédits de Gérard Van Bruaene.

Le premier, imprimé sur un beau papier léger extra Steinbach, est daté du 23 juin 1954 :

 

BruaeneCOMMUNE.jpg

 

de commune raison

 

Pour les âmes choisies “plat par terre” cependant, – ennoblies encore par un souffle de sagesse , – dans le Sentiment de la Joie que pourrait créer en Soi-Même certaine activité intelligente, de Bonne Foi ; – rien n'est plus faux que l'original.

GEERT van BRUAENE.

23 juin 1954.

 

Le second document, une carte de visite rédigée en anglais, est non datée. Jusqu'à preuve du contraire je situe provisoirement ce texte ironique dans la seconde moitié des années cinquante.

 

sir-gerard-van-bruaene.jpg

Sir Gerard van Bruaene

Earl of “The Flower in Goldpaper”

 

Petroleum and other pictures in the same style also, every day, fresh' and delicate thing for war-industry ; the best on the market in the world.

Purveyor to the most important merchants in Paris as in the United States of America.

 

Estaminet

La Fleur en Papier Doré

55, rue des Alexiens, Brussels (Belgium) – ¨Phone 11.16.59

*

En 1956, Scutenaire évoquera les

longues années au cours desquelles un siège têtu s’établit autour de Van Bruaene pour qu’il publie ses textes autrement que par des affiches manuscrites au-dessus de son comptoir.

En effet, dès1941, Magritte et Marcel Mariën tentèrent de convaincre Van Bruaene de publier un recueil d'aphorismes. S'adressant à son « cher Geert » Mag déplore que celui-ci ne paraît pas « très enthousiaste car le projet en question me plaît énormément et redresserait, à mon avis, le niveau de ce que l'on publie généralement ».

Annonçant leur visite, Magritte et Mariën espèrent toutefois pouvoir convaincre Geert. Ils seront accompagnés par Scutenaire, qui écrit à son « cher ami » que l’édition de ses aphorismes « serait un moment de charme et d’utilité » et n’entraînerait pour Bruaene « aucuns débours ni frais, bien entendu » :

J’ai lu ta belle lettre avec un serrement de cœur parce que nous nous étions attachés à ce projet avec tant de cœur que nous avions déjà trouvé un titre à te soumettre ainsi qu’un projet de frontispice par Mag (renversant). [...] J’espère que les motifs de modestie que tu invoques dissimulent une authentique paresse (d’ailleurs éminement respectable) dont tu parviendras pourtant à tirer parti en t’en départant pour les quelques minutes nécessaires à coucher le texte.

SauwenBruaene.jpgÀ tout seigneur tout honneur, signalons ici la modeste mais indispensable monographie de Rik Sauwen : Geert Van Bruaene le petit homme du Rien, publiée par Temps mêlés en 1970.

BruaeneDhaese.jpg

Roel d'Haese, Feu le Petit Gérard (ex-coll. Jo Verbrugghen)

Henri-Floris JESPERS

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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 04:30

 

Annonçant en 1953 des représentations cinématographiques à l'Agneau moustique (« limitée à dix présences »), Gérard Van Bruaene renoue avec ses activités des roaring twenties  (ses années de gloire...). Un placard publicitaire dans l’unique numéro d’Œsophage  (mars 1925), la revue d’ E. L. T. Mesens, signale parmi les multiples activités du « petit Gérard » la

SALLE NOUVELLE

Tous les samedis à 8 h. 30 du soir.

La Dixième Symphonie  de A. Gance a été projetée.

On projettera le 7 mars Le Lys brisé  de D.-W. Griffith.

Optimiste, enthousiaste et toujours enclin (et matériellement obligé) de faire flèche de tout bois, Gérard van Bruaene avait en effet lancé l’une des premières tentatives de « ciné-club » en Belgique.

*

Les « séances cinématographiques du Cabinet Maldoror » se tenaient une fois par semaine semaine le samedi soir, à huit heures et demie à la « Salle Nouvelle », 11 rue Ernest Allard, au Grand Sablon. Du 14 février au 14 mars 1925, une première série de cinq films est annoncée, chacune débutant par une courte causerie introduisant la projection ; le prix de l’abonnement était fixé à 25 francs. À tout seigneur tout honneur, le premier film sera Genuine  de Robert Wiene (1881-1938), cinéaste de ce Caligari (Das  Kabinett des Doktor Caligari, 1919), film fondateur de l’expressionnisme, dont Genuine  (1920) est un dérivé. Seront ensuite à l’honneur : La Xesymphonie (1918) d’Abel Gance (1889-1981), Le lys brisé  (Broken Blossoms, 1919) de D. W. Griffith (1875-1948), El  Dorado  (1921) de Marcel Lherbier (1890-1979) et Kean  (1922) de Victor Tourjansky (1891-1976).

Marcel Mariën souligne que les films étaient choisis et patronnés par le groupe proto-surréaliste éditant la revue Correspondance ; que Van Bruaene en assurait la projection, mais qu’une organisation déficiente mena rapidement cette initiative à la déconfiture.

Par un tract daté du 30 mars 1925, Camille Goemans, Marcel Lecomte et Paul Nougé « tirent élégamment leur épingle du jeu » :

Depuis que le cinéma Maldoror à la Salle Nouvelle a commencé ses séances, on n’a assisté qu’à des représentations malheureuses.

Ainsi, pour avoir voulu entreprendre quelque chose on apprend ce qu’il peut coûter de faire confiance à des exécutants, on apprend la sorte de difficulté que l’on peut rencontrer, de quelle absurdité il arrive qu’elle soit faite. [...]

Pourtant, du ridicule, nous n’aurons pas à nous défendre. Il est à d’autres. Les faiblesses, les négligences ne nous concernent point. [...]

 

Bruaene évoquera ces séances dans Ole com bove  (Le Livre d'or de la Fleur en papier dorée,1951) :

 

Le souvenir des séances cinématographiques du Cabinet Maldoror.

Il arrive de recourir au « don de la parole » pour se distraire du cauchemar, le jour et la nuit.

L’Image vivante de la pensée pouvait ne pas décevoir les plus tristes parmi nous, sans même déplaire brutalement au Silence, notre amour.

Pourrait-on, après le viol, ne pas accentuer la blessure ?

L’intelligence du cinéma réserverait au sens de la parole une évidence utile, logique, sans prétention autre que de servir l’essentiel : la vie de l’image.

Que de joie cependant !

L’atmosphère obscure demeure dans la Maison Somptueuse de la Projection Cinématographique.


Ce texte figure assurément dans l'édition originale du Livre d'or, qui pose à tous les bibliographes consciencieux un véritable casse-tête chinois.

Je m'appliquerai à démêler cet écheveau.

Henri-Floris JESPERS

 


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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 03:23

 

En décembre 1949, Gérard Van Bruaene ouvre une nouvelle « boutique », Le Diable par la Queue, située au no 12 de la rue de l’Homme-Chrétien (ou Kerstenmannekenstraat) à Bruxelles,

une rue triste et abandonnée – près de la place Saint-Jean, à l’enseigne : « Gezottenvanapaiponmettegève ».(1)


La boutique sera rapidement rebaptisée L’agneau moustique. Une carte de visite de Van Brueane signale : « Expositions. Local offert gracieusement ». Et sur la vitrine on pouvait lire : « Consignation ».

BruaeneCinema1953.VERSOjpg.jpg

Van Bruaene distribuera en novembre 1953 un carton (format c.p.) mentionnant au recto

:

« Tout est affaire de bonne volonté ».

Cinéma « en famille ».

Projection de très petits films sans importance.

De pauvres images ne pouvant intéresser personne, je pense.

Limité à dix présences.

Zérar.

S'adresser à

L'agneau moustique

EXPOSITIONS CURIEUSES

12, rue de l'Homme-Chrétien

Bruxelles


Cette initiative de Van Bruaene (adepte tenace mais parfois brouillon de l'éternel retour...), remet en mémoire les séances cinématographiques (1925) du Cabinet Maldoror.

L'intervention de Zérar publiée au verso de ce carton peut être interprétée dans cette optique.

 

merde pour le cinéma parlant.

 

Deux compagnons, clair-semés dans la rue, avantagés du cœur et du cerveau, hommes de peines ou de peine quand-même, se voyaient volontiers – ô Constant – et, pour se nourrir, s'offraient les larmes de l'injure à la vocation, autant que le langage parfait, naturellementdans les bornes de la pensée propre à l'un et à l'autre, sans brusquer, sans recherches.

 

Cette nourriture ne suffisait pas.

 

Ces hommes de noble révolte ont été grossièrement assassinés, sans suite aucune, à la Foire Universelle des Faux-Monnayeurs.

C'est logique.

 

D'accord Socrate !

 

De Bonne Volonté cependant.

Zérar.

28 novembre 1953.

BruaeneCinema1953.jpg

Je reviendrai sur les séance cinématographiques du Cabinet Maldoror dans un prochain blog.


Henri-Floris JESPERS


(1) Translittération d’amateur du bruxellois: « Ge zaadt ervana paip on Mette geive » (en néerlandais : « Je zou er de pijp aan Maarten geven » ) : on en crèverait. Avec mes remerciements à feu mon ami Herman J. Claeys (1935-2009).

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Dimanche 21 août 2011 7 21 /08 /Août /2011 20:48

 

Évoquant la fin des années quarante, période noire s’il en fût dans son existence, Paul Neuhuys notera dans son journal :

Poète crotté, je ne me sentais plus à l’aise qu’avec des copains comme le petit Gérard qui, souvent, m’était venu discrètement en aide en me disant : « Que veux-tu, mon pauvre vieux, notre pays se girouettise en pissotière à pignoufs ».

 

À cette époque, Neuhuys était en correspondance avec Van Bruaene, qu’il connaissait depuis les années folles du Cabinet Maldoror. Il y est question de dépôt de livres, d’une gouache de Magritte, d’un pastel de Picasso et de deux petits Jan Cox.

*

En 1951, Gérard Van Bruaene publie le Livre d'or de La Fleur en papier doré, également connu sous le titre flamand (bruxellois) Ole com bove. Il s'agit d'un dossier contenant divers documents liés au célèbre estaminet bruxellois qui réunit par intermittence de nombreux artistes issus du mouvement surréaliste (Marc. Eemans, Marcel Lecomte, René Magritte, Marcel Mariën, Louis Scutenaire), de CoBrA et de la revue Tijd en Mens (Hugo Claus, L.P. Boon).

Publié sous chemise en papier Auvergne gris agrémentée d'une pièce de titre et d'une dédicace à Willem Melis, ce dossier contient des plaquettes, des photos, des tracts et des pamphlets signés Geert van Bruaene, Gérard van Bruaene, Le petit Gérard, Gédéon la Crapule, Gérard le Brocanteur, Henri de Lagardère et Gérard l’Absolu, ainsi que quelques aphorismes autographes signés 'Gérard'.

L’épigraphe est caractéristique de l’auteur : « C’est devant le miroir que l’on pense se connaître un peu de vue ». Un des textes sur feuilles volantes de cet ouvrage singulier, recueil d’aphorismes, d’inscriptions et et de remarques diverses en français, en néerlandais et en flamand bruxellois, évoque les démêlés de Van Bruaene avec des amis artistes (par ex. Max Ernst et Jean Dubuffet) qui n’appréciaient pas toujours ce qu’ils considéraient comme un manque de cohérence dans les choix picturaux de Van Bruaene.


Je me suis assez donné sans jouissance, brutalement et de manière imbécile, pour avoir aidé à arracher de leur sphère bien propre les artistes d’avant-garde, de consécration publique, et à les poser sur le marché, parmi la Bourse aux Valeurs.

Je prie Isidore Ducasse de vouloir m’en pardonner.

Ces artistes d’avant-garde, amis de mes péchés d’antan, sont devenus de puissants ennemis, armés jusqu’aux dents, parce que je ne peux pas séparer l’art, comme on appelle ça, du Rien, clairement humain.

Je dois, par conséquent, me défendre platement. Les hommes instruits veulent me ravir la croûte de pain.


*

L'excellent et érudit libraire anversois Demian (qui emprunte son enseigne à Herman Hesse) propose le Livre d'or à 450 euros. Il s'agit de l'exemplaire offert le 13 novembre 1953 au poète hollandais Simon Vinkenoog (1928-2009), adorné d'un chaleureux envoi de Van Bruaene :

Voor mijn Edele/ dichter/ Simon Vinkenoog,/ dit goudene/ boekje van/ liefde./ le petit Gérard,/ 13 nov. 53.

Authentifiant son envoi, l'auteur y ajouta' :

'Certificat./ Je certifie que/ je peux me/ tromper./ C’est raisonnable./
Gérard.'

*

Au cours des années, ce Livre d'or  (1951)  fut enrichi de nouvelles éphémérides. Deux ans plus tard, en 1953, Van Bruaene publie Six petites histoires banales de petit bistrot racontées par le petit Gérard et deux petits textes pour commencer et pour finir. Cette plaquette figure en bonne place dans certains exemplaires du Livre d'or, ainsi que des tracts, cartons, cartes de visite etc. datant d'après 1951. 

Il s'agit effectivement d'un livre d'or, un registre où Van Bruaene consignait ses publications diverses. Je n'ai jamais eu connaissance de deux exemplaires identiques.

Le tract reproduit ici fait indubitablement partie de l'édition originale.

Je cesse enfin de me montrer dans la coulisse, parmi les entraîneuses vénérées in-extremis.

Je me suis naturellement trompé. C'est raisonnable.

La Cause de mon erreur est claire ; « nous en avons vu d'autres. »

Mes petits hommes curieux vous n'avez pas mérité beaucoup d'attention, tout curieux que vous êtes, ni les amis hébergés dans les Maisons de fous, ô Providence Clémente, ni les primitifs et les simples, ni les délicieux petits sauvages.

Vive le Grand Bazar Universel de la fine invention unanime.

Le Diable par la Queue.

Juillet 1951.

Je-cesse-enfin.jpg

Henri-Floris JESPERS

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