Vendredi 8 février 2008 5 08 /02 /Fév /2008 00:01

À l'occasion de la sortie de presse de
Gilles Petitclerc
L'Oreille de l'escalier trébuche
4 collages revêtus et une couverture couleurs d'Anne Ethuin,
éd. L'échelle de verrer - Quadri, Bruxelles, 48 pp.
et de
Jacques Lacomblez
Pages de Mégarde
15 illustrations inédites et une couverture couleurs de Jean-Claude Charbonel.
Nevers, éditions Le Grand Tamanoir, 82 pp.
Vernissage avec exposition d'Anne Ethuin et Jean-Claude Charbonel
vendredi 15 février à 18h30
samedi 16 février de 14h à 18h
en présence, pour le Grand Tamanoir, de Jacques Lacomblez, Jean-Claude Charbonel et des éditeurs

Galerie Quadri
105, avenue Reine Marie Henriette
1190 Bruxelles
 
www.galeriequadri.be

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Jeudi 7 février 2008 4 07 /02 /Fév /2008 23:10

La ministre québécoise de l'Education, Michelle Courchesne, a rendu public, le mercredi 7 février, un plan d'action de valorisation du français à l'école comportant au total 22 mesures centrées sur cinq axes d'intervention. Dorénavant, les élèves devront notamment écrire un texte au moins une fois par semaine. Les écoles devront en outre réserver une plage horaire à la lecture quotidiennement. Le gouvernement reverra par ailleurs les programmes d'études en français, en précisant la nature des connaissances à acquérir. De plus, le ministère de l'Education doublera le nombre de conseillers pédagogiques en français en les portant à 300, en plus de revoir la formation des enseignants. La Fédération des commissions scolaires du Québec demande au gouvernement de faire un pas de plus en entreprenant un vaste programme de promotion de la langue française.

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Jeudi 7 février 2008 4 07 /02 /Fév /2008 07:18

Pour les amateurs de retombées situationnistes, signalons la discussion (en anglais) entre Ken Knabb (Bureau of Public Secrets) et Wayne Spencer, publiée le 3 février par The Annals of Significant Failure. Revolutionary critique in dismal times, largely derived from situationist theory:

http://significantfailure.blogspot.com/2008/02/2007-and-i.html


http://significantfailure.blogspot.com/2008/02/discussion-with-ken-knabb.html.

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Jeudi 7 février 2008 4 07 /02 /Fév /2008 01:11

Traducteur américain des films de Guy Debord et d'une anthologie de l'Internationale Situationniste, Ken Knabb est également l'auteur de nombreux tracts, brochures et autres écrits, dont certains ont été traduits en une quinzaine de langues.

Commençant par les premières interventions de l'auteur en 1970, Escarmouches choisies de Ken Knabb comprend des critiques de la Nouvelle Gauche américaine et de la contre-culture hippie, et des

fragments de l'histoire des premiers groupes situationnistes aux États-Unis.

On y trouvera également nombre d'affiches, de comics ou d'articles concernant des anarchistes japonais, des dissidents chinois et des bouddhistes radicaux, la révolte polonaise de 1970, la révolution iranienne de 1979, la guerre du Golfe et le soulèvement anti-CPE de 2006 en France, ainsi que des textes moins directement politiques – articles sur l'écrivain Kenneth Rexroth, considéré comme le parrain de la beat generation, sur Georges Brassens et la chanson française, et sur les classiques de la littérature universelle. Enfin, les "Confessions d'un ennemi débonnaire de l'État", une autobiographie qui traite principalement des activités situationnistes de Knabb, comprend également ses souvenirs des années 60 et des récits d'autres aventures ultérieures, telles que la pratique de l'escalade, de la musique populaire et du zen.

Les écrits de Ken Knabb offrent un regard précieux, à la fois sympathique et critique, sur "l'autre Amérique", surtout sur les aspects les plus radicaux et les plus méconnus des années 60. En même temps, ils résument l'expérience de plusieurs décennies d'activités visant une transformation fondamentale de la société actuelle. Knabb est un des rares Américains ayant poursuivi le projet situationniste pendant quatre décennies, mais il a néanmoins maintenu son indépendance, n'hésitant pas à remettre en cause certains aspects de l'orthodoxie situ. Si ses démarches ont été mal reçues par certains tenants de cette orthodoxie, d'autres les ont ressentis comme une "bouffée d'air frais".

 

Secrets publics. Escarmouches choisies de Ken Knabb, Paris, Éditions Sulliver, 416 p., 28 €.

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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 07:50

Les éditions Allia ont republié les trois seules œuvres dada de Clément Pansaers parues de son vivant, et cela nous rappelle bien des choses.

Un de mes plus lointains souvenirs, qui remonte à notre toute petite enfance à mon frère et à moi, est la banquette noire qui se trouvait à la maison dans la bibliothèque rouge. C'était celle des jeux et des rires avec notre Papa, des rires et des fous rires jusqu'à en avoir mal au ventre.

Plus tard ce fut celle des histoires qu'il inventait en nous les racontant. L'histoire de Lionel, par exemple, le petit garçon qui voyage en train et qui découvre que du dernier au premier wagon il y est tout seul… jusque dans la locomotive où il n'y a personne !…  Histoire de nous endormir ou de nous éveiller ?

Et puis ce devint la banquette de la détente et de la lecture dès que je sus lire… Allongé sur elle, je n'avais qu'à tendre le bras pour m'emparer, au hasard, d'un livre, et je me souviens, comme si c'était hier, du Bar Nicanor : Des mots, en caractère gras dans un texte courant, me sautaient aux yeux comme un fil conducteur, une table des matières, ou une réclame :

AÉRO

Soubrette 007

toujours plus haut

?

nous sommes les 20

culs

nous sommes les 20

d'keurs

con 20 culs

pri prou brou aha

……

C'était visiblement un livre d'enfant ! écrit pour faire rire les petits enfants, qui n'ont pas encore besoin de les comprendre pour jouer avec les mots… Je n'en parlais pas, naturellement, pas plus que des autres livres d'enfants et des autres réclames qu'il y avait dans la maison.

Mon père n'en parlait pas non plus. Il nous racontait ou lisait toujours des histoires mais ne les commentait pas. Il ne nous parlait évidemment jamais de Dada ni de poésie. Parle-t-on de poésie aux enfants ? Ils sont la poésie, et il suffirait de leur en parler pour qu'elle ne brille plus que par son absence…

Pendant la seconde guerre nous en étions à l'âge où on raconte des blagues entendues ailleurs. Lui à son tour nous raconta l'histoire, datant de sa jeunesse, d'un maire qui reçoit un ministre, lui montre fièrement son village et termine par le monument aux morts : — « Comment ? s'étonne le ministre en fronçant les sourcils, il n'y a pas plus de morts ici ?... »

Plaisanterie dada ? peut-être mais il n'y fit aucune allusion. Pas plus que quand je lui avais demandé à la même époque ce que voulait dire Pan-Pan au Cul du Nu Nègre, et qu'il m'avait répondu : « Un pan-pan c'est un revolver ou un fusil ; et un nègre tout nu ou presque dans sa brousse natale, quoi de plus courant ? » sans autre commentaire. Dada était passé de mode…

Quelques années après la guerre je ne revenais plus à la maison qu'une fois par semaine, et on se racontait ce qui s'était passé de l'une à l'autre :

— Un jeune Français, Édouard Jaguer, s'intéresse à Clément Pansaers et est venu m'en parler.

— Le fils Marc de votre ami Robert Dachy, est un enthousiaste de Dada, et il est venu me le dire.

— Un journaliste de la radio (RTBF) m'a demandé si le Président Eisenhower était dada. Je lui ai répondu oui, évidemment, pour la simple raison qu'il ne sait pas ce que c'est.

— La télévision française est venue jusqu'ici pour m'interroger sur mes souvenirs de Dada…

Dada était revenu dans le vent !

Et pour moi la banquette noire était devenue celle du repos par excellence : le meilleur lieu de l'univers ! disais-je, celui de la dolce far niente.

 

Tout ce qui vit cagnarde

L'homme seul reste forçat.

 

Cet aphorisme se trouve dans l’Apologie de la Paresse (il pourrait en être le sous-titre) et est entré dans mon langage courant. Depuis quand ? je ne pourrais le dire exactement, en tous cas à partir de ces années où Paul Neuhuys, très sollicité pour dire et écrire ce que Dada avait été pour lui, nous en parlait.

 

Mais quand on le prenait lui-même pour un poète dada, il s'en défendait : « N'est pas dada qui veut ! » nous disait-il. Il entendait par là qu'on ne devient pas un poète dada, on naît dada … Ou on ne l'est pas.

Il n'empêche que de tous les mouvements d'avant-garde qui suivirent les deux guerres du vingtième siècle, c'est Dada qu'il plaça en tête, parce que le plus pur. Et le plus pur parce qu'il a toujours fait échouer toutes les tentatives de récupération, non pas en résistant, mais en disparaissant « avec la plus virevoltante désinvolture ».

Il ne cessa pas de montrer son attachement à Dada, et lui resta fidèle jusqu'au bout. En témoignent : le titre de son dernier recueil : L'Agenda d'Agénor (1984) ; ce qu'il en a dit dans une ultime émission de la télévision flamande (BRT 1984) ; ses écrits publiés après sa mort dans les Mémoires à Dada (Le Cri 1996).

Thierry NEUHUYS

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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /Fév /2008 06:33

Michel Bartosik (°21 mars 1948) est décédé le 1er février, suite à une hémorragie cérébrale. Membre du cénacle des Pink Poets, Bartosik, poète hermétique influencé par Trakl et Celan, est l’auteur de quatre recueils :

  • Linguïstiek, Anvers, Contramine, 1975.
  • De verzamelnaam der eenzaamheid, Anvers, Pink Editions & Productions, 1976.
  • Rigor mortis, Anvers, Pink Editions & Productions, 1980.
  • Geschreven familie, Gand, Poëziecentrum, 2003 (waarin opgenomen een herziene versie van Sunt lacrimae, een bibliofiele editie verschenen in 1990).

Dorian Cumps, maître de conférences à la Sorbonne, le comptait parmi les meilleurs poètes flamands actuels.

Michel Bartosik était professeur à la Vrije Universiteit Brussel (1994) et à l’Université Libre de Bruxelles (1997).

In memoriam détaillé (en néerlandais) sur

www.mededelingen.over-blog.com/

(HFJ)

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 03:40

Au treizième coup de minuit. Anthologie du surréalisme en Angleterre, éditée, traduite et préfacée par Michdel Remy, paraît en mars 2008 aux éditions Dilecta sous l’égide d’Infosurr.

Méconnue car inédite et difficile d'accès, victime d'une époque hantée par la Seconde Guerre mondiale, le surréalisme anglais n'en est pas moins riche, fébrile et authentique. Dans son refus du définitif et du cohérent, dans son accueil de l'unique et de l'évanescent, il témoigne, à partir de 1936, de la persistance de l'« esprit surréaliste » à la définition duquel il participe pleinement, avec une incontestable vigueur. Pour témoigner de cette grande richesse théorique et créatrice du surréalisme anglais, cette anthologie comprend les manifestes et déclarations collectives du groupe surréaliste en Angleterre, et quelques deux cents pages de poèmes et textes (1935-1980) de Roland Penrose, David Gascoyne, Emmy Bridgewater, Ithell  Colquhoun, Simon Watson Taylor, E.L.T. Mesens, Humphrey Jennings, Toni del Renzio et bien d'autres encore. Au treizième coup de minuit rassemble de surcroît, en plus d'un dictionnaire en fin d'ouvrage, un choix significatif d'une trentaine de dessins des artistes surréalistes anglais, notamment Desmond Morris - connu mondialement comme éthologue et auteur du Singe nu, mais aussi membre du groupe surréaliste en Angleterre dès 1949 - dont une illustration est reproduite en couverture de l'ouvrage.

Michel Remy, spécialiste d'art et de littérature modernes et contemporains britanniques, est considéré comme un des meilleurs connaisseurs du surréalisme en Angleterre. Fondateur des éditions Marges et de la revue Flagrant Délit, il est l'auteur d'ouvrages sur David Gascoyne (David Gascoyne ou l'Urgence de l'inexprimé, Nancy, 1985), Desmond Morris (L'Univers surréaliste de Desmond Morris, Paris-Londres, 1991), de la première étude sur le surréalisme anglais en peinture, écriture, sculpture, cinéma et politique (Surrealism in Britain, 1999) et l'un des quatre auteurs de l'anthologie bilingue de la poésie anglaise (Paris, Gallimard, La Pléiade, 2005). Il enseigne actuellement à l'université de Nice.

&

Les démêlées, durant la Seconde Guerre mondiale, de E.L.T. Mesens, pro-consul de Breton à Londres, avec Toni del Renzio (de son vrai nom Antonino Romanov Del Renzio di Castellone e Venosa) et Ithell Colquhoun sont légendaires. Mesens traitera Del Renzio de « vomi du pinceau », Del Renzio dénoncera « la banalité de Monsieur Sous Merde d’Ane » (anagramme d’Eouard Mesens) Tous deux se déclaraient fidèles à Breton... Dans cette optique, l’étude de Paul C. Ray, The Surrealist Movement in England (Cornell University Press, Ithaca and London, 1971, 331 p.) est particulièrement révélatrice.

(HFJ)

Souscription au tarif préférentiel jusqu’au 15 février.

Informations et commandes :

éditions dilecta / 4 rue de capri / 75012 paris

www.editions-dilecta.com / T. 01 43 40 28 10 / F. 01 43 40 28 62 /

contact@editions-dilecta.com

 

Au treizième coup de minuit. Anthologie du surréalisme en Angleterre. Editée, traduite et préfacée par Michel Remy. Couverture de Desmond Morris. Paris, Dilecta, 312 p., 24 €.

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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 23:23

Surréalistes et situationnistes, vies parallèles de Jérôme Duwa paraît en mars 2008 aux éditions Dilecta sous l’égide d’Infosurr.

La rencontre d'André Breton et de Guy Debord n'a jamais eu lieu. Selon Debord, il allait de soi que l'un excluait l'autre : Breton et le surréalisme appartenaient au passé, celui-là même que la Seconde Guerre mondiale venait d'engloutir, en sorte que tout était à recommencer. Ce jugement expéditif à l'égard du surréalisme méritait d'être reconsidéré dans un esprit étranger à tout règlement de compte. Divergence fondamentale ou intime parenté occultée par des rivalités de façade ? Une histoire détaillée des relations mouvementée entre surréalistes de Paris et de Bruxelles avec Guy Debord et ses amis restait à écrire pour comprendre, notamment, un des ressorts de la construction de l'identité situationniste.

Cet essai, que complète une anthologie composée de tracts, d'une dizaine d'illustrations et des textes de Jean-Louis Bédouin, André Breton, Claude Courtot, Adrien Dax, Guy Debord, Tom Gutt, Simon Hantaï, Gérard Legrand, Marcel Mariën, Benjamin Péret, José Pierre, Jean Schuster, Jan Strijbosch, Raoul Vaneigem et Joseph Wolman, permet de remonter le cours tumultueux de ces vies parallèles.

Professeur de philosophie, docteur en histoire de l'art, Jérôme Duwa se consacre aux avant-gardes du xxe siècle et a publié des études sur les surréalistes et les situationnistes dans différentes revues, dont Archives et documents situationnistes et Pleine marge. Il collabore régulièrement à Infosurr, CCP et à La Revue des revues. Chercheur associé à l'IMEC, il travaille sur les revues et les fonds d'archives surréalistes conservés par cette institution et prépare pour 2008 une exposition et une publication sur Mai 68.

Souscription au tarif préférentiel jusqu’au 15 février.

Informations et commandes :

éditions dilecta / 4 rue de capri / 75012 paris

www.editions-dilecta.com / T. 01 43 40 28 10 / F. 01 43 40 28 62 /

contact@editions-dilecta.com

Jérôme DUWA, Surréalistes et situationnistes, vies parallèles. Histoire et documents, Paris, Dilecta, 240 pp., 26 €.

 

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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 04:38

Enfant de la bohème qui n’a jamais connu de lois sinon celles de l’ouvrage bien fait, Wannes van de Velde est un créateur protéiforme mais témoignant toujours d’une authenticité rare. Chanteur, musicien et homme de théâtre (dans De Reis naar Dux il évoque Paul Neuhuys), peintre et xylographe, poète et prosateur, traducteur de Michel de Ghelderode, il nous parle de ses années de formation sous un titre volontairement discret.

Fasciné par l’Espagne depuis l’enfance, il rencontre à l’Académie des Beaux-arts d’Anvers le guitariste qui deviendra son initiateur, c’est-à-dire celui qui transmet la tradition : Sabas Gomez y Marin. Avant de partir mourir à Carmona, le maître malade — la persona flamenca par excellence — l’incite à s’imprégner du travail des meilleurs : Ramon Montoya bien sûr, le grand Don Ramon, et Melchor de Marchena, accompagnateur de Pastora Pavon et de son époux Pepe Pinto et des meilleurs cantaores de son temps. Après un demi-siècle, le jeu de Wannes reste marqué au coin de cette école de Melchor de Marchena à laquelle Sabas appartenait.

Décrivant le café Andalucia, avenue de Stalingrad à Bruxelles, Wannes réveille et suscite ce spleen, cette douleur impuissante de la siguiriya, ce “blues européen d’un Orient oublié”.

 

Companera de mi alma

Mirame por Dios !

Con la limosna de tus ojos

Me alimento yo !

 

Compagne de mon âme

Regarde-moi au nom de Dieu !

Tiens-moi en vie

Avec l’aumône de tes yeux.

 

Wannes évoque avec chaleur son amitié virile avec José Aguilar y Lobato, originaire de Jerez de la Frontera, surnommé Chato, qui lui apprit dans les années soixante que le flamenco, loin d’être une configuration lyrique, se révèle surtout une façon de penser et surtout : d’être. Être, sans grandiloquence, avec un accent tonique sur “courage” : lucidité d’une volonté de vie consciente, combat avec la fatalité de nos limites — c’est-à-dire avec Madame la Mort. Mais où donc est sa victoire ? Car elle n’a pas le dernier mot : rien ne nous empêche de la chanter — et de telle manière que nous la vainquions, aussi longtemps que perdure le chant. Après le décès de sa femme, Chato s’en alla ouvrir un café marginal à Bruxelles, où régnait une ambiente andalouse combien plus intense — le “Chato de Jerez” dans les Marolles, “où les chiens sur le seuil, hurlaient à la lune”…

Clôturant ce livre témoignant d’une admirable économie de moyens, Wannes van de Velde nous confie que ce fut à Séville qu’il découvrit qu’une chanson de Maurice Maeterlinck recèle tous les éléments d’un cante por siguiriya, tant dans l’atmosphère que dans la structure :

 

On est venu dire,

                        (Mon enfant, j’ai peur)

On est venu dire,

                        Qu’il fallait partir…

Ma lampe allumée

(Mon enfant, j’ai peur)

Ma lampe allumée,

                        Me suis approchée…

À la première  porte,

                        (Mon enfant j’ai peur)

À la première porte,

                        La flamme a tremblé…

À la seconde porte,

(Mon enfant j’ai peur)

À la seconde porte,

                        La flamme a parlé…

À la troisième porte,

                        (Mon enfant, j’ai peur)

À la troisième porte,

                        La lumière est morte….

 

HFJ

 

Wannes VAN DE VELDE, Flamencoschetsen, Leuven, P, 2001, 44 p., ill., 15 €.

 

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Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /Fév /2008 04:27

La parution de Littératures belges de langue française pourrait bien marquer un tournant. Ce guide substantiel et diversifié a “essentiellement pour objectif de faciliter l’accès au domaine, en multipliant les points de vue possibles”. N’ayant aucune ambition de s’ériger “en vérité ultime à propos d’aucune période, d’aucune œuvre et d’aucun genre” [1] , il ouvre des perspectives libératrices et suscite des réflexions stimulantes. Marc Quaghebeur rappelle à ce propos que l’essentielle et monumentale Histoire illustrée des lettres françaises de Belgique (1958)[2] “passe sous silence la totalité du travail littéraire des avant-gardes” et que ce ne fut que la fin des années septante qui verra enfin “la sortie du corpus des avant-gardes historique du déni dans lequel les tenait l’institution littéraire”.

L’époque de la dénégation “qui exclut tout ce qui ne ressortit pas à l’ esthétique  néoclassique” semble en effet bien révolue. [3]  

L’intérêt pour les avant-gardes historiques —même récupérées ou, pire, banalisées — n’est pas affaire de nostalgie mais de reconnaissance. Ne restitue-t-il pas un climat de rassurante camaraderie posthume, un sentiment de ralliement à une unité et une identité quasi mythiques ? Frottis comme effacés, oblitérés par le temps, les féroces et déchirantes querelles de famille sont oubliées, et l’adhésion, pour distante qu’elle soit, n’en reste pas moins spontanée et agissante.

Le grand jeu des avant-gardes, agité, bruyant et souvent désordonné, fut le fait d’équipes déployant une dynamique multidisciplinaire, pluriculturelle et souvent polyglotte. Réduit aux exigences souvent hasardeuses sinon futiles de la nomenclature, il est dûment catalogué dans l’encyclopédie des biens symboliques.

Atlantide fabuleuse, le continent des avant-gardes n’est plus englouti dans le déni et l’indifférence. Il a bel et bien émergé, plus imposant que jamais. Il a été exploré, balisé et mis en carte. Mais la carte n’est pas le territoire, et ce dernier d’ailleurs n’a pas livré tous ses secrets.

De toutes les revues d’avant-garde paraissant en Belgique, la plus radicalement ouverte aux métamorphoses des littératures expérimentales, Ça Ira ! (1920 - 1923) fut le porte-parole d’une équipe de conspirateurs individualistes. Les éditions qui en découlèrent furent, elles aussi, une entreprise collective. Relevant l’enseigne en 1932, Paul Neuhuys (1897-1984) en fera une aventure personnelle, reflétant fidèlement son long cheminement intérieur à travers les turbulences du siècle. Éditeur perspicace, il publiera entre autres Michel de Ghelderode (Masques ostendais, 1934 et Le Cavalier bizarre, 1938), Norge (Le Sourire d’Icare, 1936), Marcel Mariën (L’oiseau qui n’a qu’une aile, 1941), Fernand Dumont (Traité des fées, 1942), Paul Colinet (Les histoires de la lampe, 1942), Étienne Schoonhoven (Blue ocean blues, 1948) et Paul Dewalhens (Répertoire du même aux mêmes, 1959).

“Moi, disait Neuhuys, je n’ai jamais eu la prétention d’être dada, ni dada ni surréaliste; mais j’ai toujours été extrêmement attiré par les extrêmes.”

Cette attirance suscitera et entretiendra équivoques et malentendus, mais ce dédoublement, ces états multiples de l’être, permettront au poète de vivre plusieurs vies. Revendiquant avec désinvolture et volupté le droit à l’arbitraire et à la soumission à la règle la plus sévère, il prêche le droit de se contredire et celui de s’en aller et s’invente une discipline élaborée mais librement consentie. Il se reconnaîtra dans “cet homme frontière, empalé sur un poteau indicateur” dont parlait Ghelderode. Balayant le passé et l’avenir d’un même regard à la fois émerveillé et secrètement meurtri, il n’entend renoncer à rien de ce qui le fascine. Le passé et l’avenir sont des espaces à émouvoir et, pour lui, le grand ordre du classicisme le plus pur et la “cathédrale dada” coexistent, tout comme la certitude et l’inquiétude qui l’habitent.

            Il déconcertera toujours ceux qu’Alain Germoz traite de “fervents de la cohérence apparente.”

Henri-Floris JESPERS



[1] Christian BERG & Pierre HALEN, dir., Littératures belges de langue française, Bruxelles, Le Cri édition, 2000, p. 8.

[2] Gustave CHARLIER & Joseph HANSE, dir., Histoire illustrée des lettres françaises de Belgique, Bruxelles La Renaissance du Livre, 1958, 656 p.

[3] Christian BERG & Pierre HALEN, o.c., p. 196, 253, 195.

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