Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 10:00

 

                          J’entends dire que la poésie

                   devient tellement exigeante

                   qu’on n’ose plus l’écrire

                   alors qu’elle nous défend

                   contre le sérieux de la vie

 

                   et qu’elle est la seule contrée

                   où se pratique encore

                  un portrait musical bien rythmé

 

                                                       Poésie éclatante     Poésie éclatée

                                                       La vieillesse fait naître des idées stupéfiantes

                                                       Elle est ma cantilène de sainte Eulalie

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 18:00

 

Ces deux peintres ne pouvaient se souffrir et ne se rencontraient que pour s’échanger les plus grossières injures. Parmi les plus cinglantes figuraient celles de krabber (griffonneur) et de klatcher (barbouilleur). L’un avait l’air d’un boxeur hilare, l’autre avait le visage du cénobite émacié.

 

Faut-il sacrifier les couleurs aux formes pleines – négliger l’orgie chromatique pour la fermeté stricte du contour, dédaigner l’anecdote – et n’aboutir à la narration non figurative que par la tache structurante?

 

Les deux peintres renouvelaient à plaisir cette querelle des universaux. Gauguin, un maçon qui lutte contre l’éparpillement des couleurs, ne peut que s’insurger contre la Provence convulsive de Vincent.

 

Barbouilleur de l’instinct Griffonneur de l’intellect

la dispute tournait au dialogue de sourds

Les nèfles sont trop mûres

Vieil olivier tordu

L’humour est centre de gravité.

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

 

N.B. Il s'agit de Floris Jespers (1889-1965) et de Paul Joostens (1889-1960)

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 14:00

 

             Gris

Juan                  Noir

                           profond

 

Staël

      Suicide

Antibes

 

                                                                     Atlan

                                                Gitan

                         Pierraille

                                                      Ferraille

 

Triangle de la plus haute sphère

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 04:53

 

PaulNeuhuystwee.jpg

Préfaçant Le pot-au-feu mongol, un choix de poèmes de Paul Neuhuys (1897-1984) paru chez Pierre Belfond dans la collection « Lignes »en 1980, Alain Bosquet (1919-1998) affirme que ce livre est né de l'admiration éprouvée à la lecture du recueil Octavie(1977) : « Dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu'a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ? »

Voici l'avant-propos de cette Octavie dont nous publierons ici quelques poèmes.

HFJ

 

Dix ans après le Septentrion (1), voici Octavie... L’allusion est assez transparente pour qu’on ne s’y attarde pas trop. Démission devant l’absurde, rémission par le merveilleux. C’est toute l’histoire d’Octavie.

 

Octavie est le fruit de la persévérance. Ce n’est pas facile d’arriver à ses vieux jours tout en restant le poète du bonheur. Tu verras, fillette... le bonheur de bâtir une robe de bure.

 

Octavie est en quatre fois vingt divisée:

 

Place Verte insiste sur le côté peinture et la perspective florale, végétale d’une ville dont l’opulence est tempérée, dans les idées et les choses, par une tradition de quiétisme et de maniérisme.

 

Le Spéculum d’Euclide est un miroir secret qui prétend s’éclairer d’un érotisme phosphorescent pour aller plus au fond des choses.

 

Octavie, proprement dite, glisse à l’intériorité sereine d’une personne qui a beaucoup vécu. Avec elle on rentre chez soi.

 

Tandis qu’avec Le Cinéma du Samedi, on sort de chez soi. Le monde extérieur existe. Ce sont les gens et la vie qui reprennent le dessus grâce à la caméra du court-métrage.

 

J’aurais voulu mettre une épigraphe en tête de chaque chapitre, mais j’y ai renoncé pour ne pas fausser l’optique du lecteur et nous faire suspecter, Octavie et moi, de fatuité. Parmi les citations glanées au cours de mes lectures, il y avait notamment celle-ci qui est de Renan: ‘Ce n’est pas parce qu’elle croit à la Vierge qu’une mère est vertueuse, mais c’est parce qu’elle est vertueuse qu’elle demeure attachée à la tradition de son enfance.’ Ou bien cette autre qui est de Nietzsche: ‘Le contentement de l’esprit passe tous les plaisirs du monde’ ...

 

De même que j’ai renoncé aux épigraphes, j’ai supprimé les dédicaces. Parce qu’il y en avait trop, trop parmi les morts comme parmi les vivants. J’ai beaucoup hésité cependant, en me rappelant tout ce que je dois à la solide érudition d’un Robert Guiette ou à la fragile sollicitude de... Sont mes amis ceux qui s’informent d’Octavie. La voici donc puérile, déréglée, difficile, oubliée.

 

Si la sagesse du vieillard consiste à envisager la mort comme une fête, ce n’est pas une raison, pour Octavie, de regarder la vie comme une défaite.

Paul NEUHUYS

 

Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.

 

Cf. le blog du 6 août:

 

http://caira.over-blog.com/article-alain-bosquet-paul-neuhuys-le-pot-au-feu-mongol-80954920.html

 

(1) Paul NEUHUYS, Septentrion, poèmes illustrés de sept dessins par Albert Neuhuys, Anvers, Librairie des Arts, 1967.

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 18:00

 

C’est un vendredi treize

qu’avec le chiffonnier

le rempailleur de chaises

joua sa femme aux dés.

 

Amélie

était anémique

comme une homélie

académique.

 

Tandis que sans fard

s’ouvrait au hasard

votre nénuphar

Madame Putiphar.

 

Gai! Gai! carguons les voiles...

landerirette, landerira,

et dansez en rond les étoiles:

pipes de tir de l’au-delà.

 

Paul NEUHUYS

(Le Marchand de sable, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1931)

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 12:00

 

On ne fait plus de largesses aux poètes

Ils cassent des pierres au lieu d’enfiler des perles

L’avion part d’un éclat de rire

Tout pour les uns, rien pour les autres

Spectacle révoltant

La poésie?

 

C’est un article si peu demandé

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 06:00

 

Arbre, boîte à musique

que ta fantaisie est logique

j’habite une maison tournante

au bord d’un trottoir roulant

 

Mon pardessus de détective

me met sur la piste du bonheur

et chaque objet que je touche

change la forme de l’Univers

 

Ami, la tête me chante

au rythme de mon sang

L’instant est rare où l’habitude

ne farde pas la réalité

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 17:00

 

L’écran blanc troue les ténèbres

On entend le battement précipité d’une paupière

Un mouvement agite le public

comme un dormeur qui se retourne dans son lit

pour chasser son rêve

Miracle

le pain se coupe lui-même en tartines

Un monsieur rit comme une petite folle

L’Assassinat de la Danseuse

Une jeune fille pleure comme une vieille bête

Cyclone en Californie

Le film emprunte à la lumière

sa vitesse incorruptible

pour entrouvrir sur l’inconnu

une lucarne féerique

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 15:00

 

Un joli fleuve peint en vert

de déroule devant Anvers

 

L’ara se perche, ébouriffé,

à la terrasse d’un café

 

Un marin, les mains dans les poches,

se mire dans la fontaine proche

 

Son père était de Chicago

il y vendait des escargots

 

L’enfant grandit sur l’océan

à bord d’un navire géant

 

Il rencontra, lors d’une escale,

une princesse du Bengale

 

Ce souvenir lui mord le cœur

comme le cri du remorqueur

 

Depuis, il traîne sur la terre

un amour que rien ne peut taire

 

Il est revenu de Moscou

un mouchoir rouge autour du cou

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 05:14

 

Accordéon, Cheptel, Hippocampe, Banquise

Ô mots tirés en l’air comme des coups de feu

Chacun vient à son tour sur la terre conquise

Renouveler du sort l’inépuisable jeu

 

En vain te pares-tu d’un cœur artificiel

Dans le miroir d’argent nage une nuque blonde

Rien ne peut déranger le système du ciel

Et le clown désolé fait rire tout le monde

 

Fusez, rires d’enfants; coulez, larmes de mère

La jonque de l’amour chavire entre les fleurs

Dieu regarde s’ouvrir les tombes éphémères

Et naître des saisons l’éternelle fraîcheur

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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