Mercredi 7 septembre 2011
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Préfaçant Le pot-au-feu
mongol, un choix de poèmes de Paul Neuhuys (1897-1984) paru chez Pierre Belfond dans la collection « Lignes »en 1980, Alain Bosquet (1919-1998) affirme que ce livre est né de l'admiration éprouvée à la lecture du recueil
Octavie(1977) : « Dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu'a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ? »
Voici l'avant-propos de cette
Octavie dont nous publierons ici quelques poèmes.
HFJ
Dix ans après le Septentrion (1),
voici Octavie... L’allusion est assez transparente pour qu’on ne s’y attarde pas trop. Démission devant l’absurde, rémission par le merveilleux. C’est toute l’histoire
d’Octavie.
Octavie est le fruit de la persévérance. Ce n’est pas facile d’arriver à ses vieux jours
tout en restant le poète du bonheur. Tu verras, fillette... le bonheur de bâtir une robe de bure.
Octavie est en quatre fois vingt divisée:
Place Verte insiste sur le côté peinture et la perspective florale, végétale
d’une ville dont l’opulence est tempérée, dans les idées et les choses, par une tradition de quiétisme et de maniérisme.
Le Spéculum d’Euclide est un miroir secret qui prétend s’éclairer d’un érotisme
phosphorescent pour aller plus au fond des choses.
Octavie, proprement dite, glisse à l’intériorité sereine d’une personne qui a
beaucoup vécu. Avec elle on rentre chez soi.
Tandis qu’avec Le Cinéma du Samedi, on sort de chez soi. Le monde extérieur
existe. Ce sont les gens et la vie qui reprennent le dessus grâce à la caméra du court-métrage.
J’aurais voulu mettre une épigraphe en tête de chaque chapitre, mais j’y ai renoncé pour
ne pas fausser l’optique du lecteur et nous faire suspecter, Octavie et moi, de fatuité. Parmi les citations glanées au cours de mes lectures, il y avait notamment celle-ci qui est de Renan: ‘Ce
n’est pas parce qu’elle croit à la Vierge qu’une mère est vertueuse, mais c’est parce qu’elle est vertueuse qu’elle demeure attachée à la tradition de son enfance.’ Ou bien cette autre qui est de
Nietzsche: ‘Le contentement de l’esprit passe tous les plaisirs du monde’ ...
De même que j’ai renoncé aux épigraphes, j’ai supprimé les dédicaces. Parce qu’il y en
avait trop, trop parmi les morts comme parmi les vivants. J’ai beaucoup hésité cependant, en me rappelant tout ce que je dois à la solide érudition d’un Robert Guiette ou à la fragile sollicitude
de... Sont mes amis ceux qui s’informent d’Octavie. La voici donc puérile, déréglée, difficile, oubliée.
Si la sagesse du vieillard consiste à envisager la mort comme une fête, ce n’est pas une
raison, pour Octavie, de regarder la vie comme une défaite.
Paul NEUHUYS
Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.
Cf. le blog du 6 août:
http://caira.over-blog.com/article-alain-bosquet-paul-neuhuys-le-pot-au-feu-mongol-80954920.html
(1) Paul NEUHUYS, Septentrion, poèmes illustrés de sept dessins par Albert
Neuhuys, Anvers, Librairie des Arts, 1967.